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La RédactionLa Rédaction12 août 20178min0

A l’occasion de la journée internationale de la jeunesse célébrée chaque 12 août, le conseiller  en charge de la jeunesse au collège socioculturel de la présidence de la République démocratique du Congo, Armand Yav a accordé une interview exclusive à KINSHASATIMES.CD où il a évoqué la situation de la jeunesse du continent noir, les défis à relever et ses opportunités qui se présentent devant elle.

Quelle lecture faites-vous de la situation de la jeunesse africaine en général et congolaise en particulier? 

En tant que jeune africain la lecture que je fais aujourd’hui est positive parce que de plus en plus les jeunes africains aspirent à la gestion de la chose publique, ils veulent être créateurs d’emplois. Les jeunes aujourd’hui occupent tous les terrains que ce soit l’économie, la culture, la politique… Si nous nous projetons dans 50 ans l’Afrique sera développée grâce au travail que la jeunesse est entrain d’abattre aujourd’hui. On a toutes les raisons de croire en cette jeunesse africaine, et congolaise en particulier.

Le chômage est l’un des maux qui gangrènent cette jeunesse depuis bien de temps. Quelle devrait être son attitude face à cette réalité? 

Effectivement les jeunes se plaignent du sous-emploi ou carrément du manque d’emploi. Nous sommes à une époque où ils devraient être créateurs plutôt que demandeurs d’emplois. Aujourd’hui à l’ère du numérique, de l’entrepreneuriat, les jeunes doivent être en mesure d’écrire des projets, solliciter des crédits et par la suite créer de la richesse. Avec la mondialisation on doit pousser les jeunes vers cela, mettre en place des incubateurs, des accélérateurs qui leur permettront d’être performants dans la réalisation de leurs projets.

Mais il faut une base pour arriver à cela et les crédits bancaires ne sont pas toujours accessibles…

Le gouvernement a la responsabilité de créer des partenariats avec les banques pour pouvoir mettre à la disposition des jeunes des capitaux nécessaires au démarrage des projets: TPME, PME ou PMI. C’est vrai que le financement reste un problème aujourd’hui. Nous sommes tous porteurs des bons projets mais aucune banque ne nous prend au sérieux parce qu’on a pas de capital-confiance. Il faut que la création d’un fonds social de l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes puisse voir le jour pour que les jeunes puisse être éligibles pour avoir accès au crédit.

Vous êtes conseiller socioculturel à la présidence  en charge de la jeunesse. Quelle a été la politique du Chef de l’Etat ces dernières années sur des questions les concernant?

Le Président de la République est dans une logique de renouvellement de la classe politique, et de la gestion de la chose publique et c’est ainsi que nous assistons depuis près de dix ans maintenant à l’accession de plus en plus des jeunes  à des postes de responsabilité tantôt comme ministres ou mandataires des grandes entreprises. Le souhait du Chef de l’État c’est de mettre des nouvelles énergies dans la gestion de l’État pour pouvoir donner une nouvelle impulsion et changer les choses.

Il est à remarquer aujourd’hui que les jeunes se réunissent de plus en plus au sein des mouvements citoyens. Comment jugez-vous l’apport de ces structures dans la jeunesse congolaise en général?

Nous avons tous remarqué cela. En principe les mouvements citoyens ont pour mission et vocation d’éveiller la conscience citoyenne de la jeunesse et poursuivre un combat noble qui doit être celui de la démocratie, de l’emploi de jeunes… Mais il est à constater de nos jours que la plupart de mouvements citoyens sont liés à des partis politiques x ou y. Cela dénature complètement ce combat de la jeunesse.  Il faudrait que le combat de ces mouvements ait pour finalité les intérêts des jeunes. Aujourd’hui le combat de la jeunesse c’est l’emploi, la paix et la stabilité etc.

Quelle doit être alors leur réaction face aux sollicitations des politiques ?

Ceux qui façonnent le microcosme politique aujourd’hui c’est les jeunes. Les politiques recourent à eux en les mettant au devant de la scène lors de manifestations non pas pour faire passer les préoccupations de la jeunesse de l’avant mais pour leurs intérêts. En tant que leader des jeunes nous nous devons de dénoncer cela, et conscientiser nos semblables pour dire que la jeunesse congolaise ne doit être utilisée comme marchepied pour des fins politiciennes. Le jeune doit aspirer à créer des emplois, à être dirigeant de haut niveau. Nous ne pouvons que l’encourager en ce sens.

L’Union panafricaine de la jeunesse est aujourd’hui présidée par une congolaise, Francine Muyumba, une victoire pour la jeunesse congolaise?

C’est une fierté que cette grande structure regroupant les jeunes de l’Afrique soit présidée par notre compatriote Francine Muyumba qui est au devant de la scène politique africaine, défendant les revendications de la jeunesse africaine partout dans le monde. On ne peut que être fier de cela et l’encourager dans sa démarche.

Quels sont aujourd’hui les défis à relever et les opportunités que peut saisir de la jeunesse congolaise ? 

Le premier défi de la jeunesse c’est celui de la compétence. Chaque fois qu’un jeune postule à un poste de travail ou de responsabilité politique on lui oppose d’abord le facteur compétence. Il se doit d’être exigent avec lui même pour être à la hauteur. La RD Congo offre beaucoup d’opportunités aux jeunes que ça soit en termes de création d’emplois ou d’opportunités d’affaires. Pour cela il nous faut mettre de bonnes structures en place pour l’encadrer cela et faciliter tous les jeunes à profiter des avantages qu’offre ce merveilleux pays qu’est la République démocratique du Congo.

 

 

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La RédactionLa Rédaction17 juillet 20176min0

Ils font partie de la diaspora congolaise et s’opposent, parfois violemment, à ce qui représente le pouvoir en place en RDC. Dernière action en date : une manifestation à Paris qui a aboutit à l’annulation du concert d’un chanteur congolais. Qui sont ces militants congolais ?

Nouveau coup de force du mouvement Résistant combattant congolais (RCK). Réunis à Paris, à quelques pas de la salle de concert de l’Olympia, des centaines d’opposants au président Kabila ont manifesté, samedi 15 juillet, pour l’annulation du concert d’Héritier Watanabe. Ce chanteur congolais est accusé d’être au service du pouvoir de Kinshasa.

« Ces musiciens congolais, qui normalement doivent arranger la population, doivent sensibiliser la population pour qu’elle se lève, qu’elle mette fin au régime dictatorial et sanguinaire en place chez nous, ces musiciens congolais sont devenus des chantres du pouvoir », regrette Wilkens Alhongo, un manifestant belge. « Derrière ce concert, c’est la main-mise de Kabila », assure de son côté Blandine Diafutua, secrétaire générale et porte-parole du RCK.

Après des heures de mobilisation, le concert a bel et bien été annulé par la Préfecture de police… sous les applaudissements des manifestants. Le 22 juin dernier, la préfecture avait déjà interdit le concert d’un autre artiste congolais Fally Ipupa à la Cigale, après des menaces similaires.

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Interdire les distractions
S’opposer aux concerts d’artistes congolais proches du pouvoir est une manière pour les combattants du RCK de dire « non » aux « distractions ». « Nos père, nos mères sont en train de se faire tuer et ces concerts sont là pour nous endormir! », s’insurge Debora Nkulu, une opposante congolaise. « Nous sommes en deuil », confirme Martin Sali, président du mouvement RCK.

La RDC est, en effet, en proie a des massacres depuis plusieurs semaines dans la région du Kasaï centrale. Ces violences impliquent des miliciens, des soldats et des policiers. Plus de 3 000 personnes seraient mortes et il y aurait plus d’1,3 millions de déplacés, d’après les chiffres de l’Eglise catholique. Des dizaines de fosses communes ont également été découvertes.

Selon ces opposants radicaux, Joseph Kabila, l’actuel président dont le mandat a officiellement pris fin le 20 décembre 2016, est responsable de ces violences qui secouent le pays.

Le mouvement des Résistants combattants Kongolais (RCK) combat d’ailleurs ce qu’il appelle « le régime dictatorial et illégitime de Kabila ». Mais pas seulement. Les militants s’opposent également aux « anti-valeurs » que sont la corruption, les arrestations arbitraires et réclament un État de droits. Ils se battent aussi contre les pays étrangers et les multinationales qui « pillent et détruisent » leur pays.

Des actions, parfois « musclées »
Pour mener à bien leur lutte, les combattants mènent des actions en Europe, et plus particulièrement en France. Manifestations, sit-ins, blocages… ils sont à l’origine de nombreuses initiatives.

Parmi les plus médiatiques : l’attaque au ketchup de l’ambassadeur de RDC à Paris en avril 2015. Un groupe de 5 personnes s’était introduit dans l’ambassade pour asperger l’ambassadeur de cette sauce rouge symbolisant le sang des victimes congolaises. A cette époque, une fosse commune de 400 corps avait été retrouvée près de Kinshasa. Les militants avaient filmé leur intervention avant de la poster sur internet.

Le RCK mène souvent des actions conjointes avec des collectifs du Congo-Brazzaville qui possèdent des revendications similaires et critiquent la « dictature »du président Denis Sassou N’guesso. Parmi les mouvements les plus connus, il y a le collectif Sauvons le Congo.

Ce mouvement est réputé pour ses actions « musclées ». Il est notamment à l’origine de l’attaque à la voiture bélier et aux coktails molotov de l’ambassade du Congo-Brazzaville à Paris en juin 2016. « Notre but est d’attirer l’attention de la communauté internationale », explique Donald Emperator, coordinateur du mouvement.

Selon lui, la lutte contre les « dictateurs africains » passe essentiellement par l’action collective. « Nous sommes un même peuple, nous avons les mêmes problèmes. Nous y arriverons en agissant ensemble et non pas chacun de notre côté », assure-t-il.

Avec TV5monde

 

 

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La RédactionLa Rédaction22 juin 20175min0

Les «quatre jours» d’épreuves de la 51 ème édition des examens d’Etat, épreuves marquant la fin d’études secondaires a pris fin ce jeudi 22 juin en République démocratique du Congo. Ce dernier jour a été particulière par rapport aux années antérieures connaissant  un affrontement militaire à Beni, à l’Est de la RDC et une présence remarquée des forces de l’ordre à Kinshasa.

Tôt, dans la matinée de ce jeudi, un groupe d’hommes armés non identifiés a attaqué la ville de Beni, perturbant le déroulement  des examens dans plusieurs écoles de la ville de Beni. L’Institut Bungulu, un centre accueillant les finalistes venus de plusieurs écoles de Beni a été la cible d’un tir à l’arme lourde, faisant quelques blessés parmi les candidats à ces épreuves.

La situation maitrisée vers la fin de la matinée par  l’armée régulière et les éléments de la Mission onusienne, a permis aux futurs lauréats de passer leur examen. Les élèves touchés par les éclats du tir à l’arme lourde ont regagné le centre après des premiers soins reçu aux centres où ils ont été acheminés.

Festivités interdites à Kinshasa

La capitale, Kinshasa habituée depuis quelques années à la fête des «bleu blanc» (couleurs d’uniforme des écoliers) à ce jour sanctionnant la fin d’un cursus, comme pour dire au revoir à l’école, l’aire n’était pas  propice aux folie. L’autorité provinciale de la police, le général Celestin Kanyama avait prévenu la veille de la fin des épreuves qu’aucune réjouissance publique des finalistes ne serait autorisé, ni tolérée.

Pour étouffer les réjouissances qui vont des concerts de klaxons (véhicules, motos) sur la voie publique, aux rejouissances dans les débits de boissons en plein journée, les éléments de la police nationale ont été déployé dans plusieurs coins de la capital pour décourager les gens qui «poseraient des actes barbares sur la voie publique».

Dura lex sed lex

Résignés et démotivés, quelques élèves rencontrés dans les rues de Kinshasa ont dit avoir annulé leur déplacement au concert d’une vedette de la rumba congolaise, sponsorisé par une entreprise de télécom, prévu « en leur honneur » dans la commune de Lingwala, au centre de Kinshasa, où des agents de la police étaient postés prêts à en découdre à qui ira à l’encontre de la loi. Dura lex, sed lex (la loi est dure mais reste la loi, NDLR).

Plusieurs finalistes se sont aussi précipités (comme d’habitude) dans les églises où des cultes ont été organisés afin que chacun se confie à Dieu selon son désir, qui est le plus souvent pour la circonstance, celui d’implorer la miséricorde de Dieu afin de décrocher cette palme, le diplôme d’Etat.

Loin de se rendre compte de ce qui s’est passé à dans la matinée à Beni pour plusieurs finalistes à Kinshasa, et vice-versa pour ceux de Beni, on peut dire que l’Exetat (Examen d’Etat, NDLR) 2017 n’a pas connu un «happy ending» pour les uns comme pour les autres mais aussi tous les finalistes de la RD Congo, par solidarité à ceux de Beni. 2018 est une autre année, et connaitra une fin en beauté, peut-être.

 

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La RédactionLa Rédaction15 juin 20175min0

Des anciens chefs d’États africains ont dans un message signé conjointement avec l’ancien Secrétaire général des Nations Unies le ghanéen Kofi Annan appelé le gouvernement congolais à donner la priorité à « l’intérêt général », en mettant en œuvre toutes les ressources nécessaires à l’organisation des élections dans les délais prévu par l’Accord de la Saint Sylvestre à la commission électorale.

Ces hommes d’États reviennent dans cet appel au gouvernement sur  l’accord de la Saint Sylvestre dont la mise en oeuvre n’est pas respecté tant dans son esprit que sa lettre, et compromet de fait la possibilité d’une transition pacifique « vitale au développement de la RDC ». « L’avenir de la RDC est en grave danger, nous nous devons de sonner l’alarme avant qu’il ne soit trop tard », insistent-ils.

« Des élections intègres représentent pourtant la seule issue pacifique possible pour résoudre la crise de légitimité dont souffrent aujourd’hui les institutions politiques congolaises. Le Gouvernement de la RDC et la communauté internationale doivent fournir toutes les ressources nécessaires à l’organisation des élections dans les délais prévu par l’Accord de la Saint Sylvestre à la commission électorale », indique le message intitulé « Appel urgent en faveur d’une transition pacifique et démocratique en République démocratique du Congo ».

L’intégralité du message ci-dessous

Appel urgent en faveur d’une transition pacifique et démocratique en République démocratique du Congo

En tant que dirigeants africains attachés à la démocratie, nous sommes profondément consternés par la situation politique qui prévaut en République démocratique du Congo (RDC). Elle constitue une menace à la stabilité, à la prospérité et à la paix de toute la région des Grands Lacs, voire de l’Afrique dans son ensemble. Nous nous devons de sonner l’alarme avant qu’il ne soit trop tard.

La non-tenue des élections en 2016, conformément à la Constitution, a provoqué une crise politique aigue. L’accord entre le Gouvernement et l’opposition conclu à la Saint Sylvestre sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale congolaise (Cenco) a permis d’éviter un désastre, mais sa mise en œuvre rencontre des difficultés croissantes qui mettent en péril le processus censé conduire à des élections pacifiques d’ici la fin de cette année.

Tant l’esprit que la lettre de l’accord ne sont pas respectés, minant la possibilité d’une transition non violente, vitale au développement de la RDC. Des élections intègres représentent pourtant la seule issue pacifique possible pour résoudre la crise de légitimité dont souffrent aujourd’hui les institutions politiques congolaises.

Le Gouvernement de la RDC et la communauté internationale doivent fournir toutes les ressources nécessaires à l’organisation des élections dans les délais prévu par l’Accord de la Saint Sylvestre à la commission électorale.

Nous appelons les leaders politiques de la RDC à donner la priorité à l’intérêt national. Le peuple congolais, déjà meurtri par des décennies de dictature, suivies d’années de guerre civile, aspire à la paix, au développement et au respect des droits de l’Homme, qui comprennent le droit à un gouvernement représentatif.

Si la crise actuelle frappe avant tout nos frères et sœurs congolais, elle aura des conséquences continentales si elle n’est pas traitée.

L’avenir de la RDC est en grave danger. Aussi appelons-nous les leaders congolais à redoubler leurs efforts de mise en œuvre de l’Accord de la Saint Sylvestre de bonne foi afin de restaurer la confiance entre les partis et assurer des élections libres, crédibles et pacifiques d’ici la fin de l’année.

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La RédactionLa Rédaction15 juin 201710min0

À la mi-mars, des hommes armés ont emmené Michael J. Sharp et Zaida Catalán à travers la savane dans la région du Kasaï, en République démocratique du Congo, leur ont enjoint de s’asseoir et les ont abattus. Une vidéo à basse résolution a capturé les exécutions. M. Sharp, un Américain, et Mme Catalán, une Suédoise, étaient des moniteurs de sanctions des Nations Unies, chargés de découvrir qui était responsable d’abus des droits humains et de soutenir des groupes armés en République démocratique du Congo.

António Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a promis que son organisation ferait « tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer que justice soit rendue ». Mais plus de trois mois ont passé, et ses paroles commencent à sonner creux. Ni les Nations Unies, ni les gouvernements suédois ou américain ont fait assez pour faire la lumière sur qui a tué Mme Catalán et M. Sharp, qui a donné les ordres, et pour quelle raison. Les quatre Congolais qui les accompagnaient – leur interprète Betu Tshintela ; un chauffeur de moto, Isaac Kabuayi ; et deux chauffeurs de moto non identifiés – sont toujours portés disparus.

Les meurtres des enquêteurs des Nations Unies était exceptionnels à plusieurs niveaux. D’abord, le niveau personnel : tous deux étaient des individus jeunes et remarquables. M. Sharp n’était âgé que de 34 ans, mais il était le coordinateur du groupe hautement estimé et avait passé trois années à sillonner l’est de la RD Congo, persuadant des rebelles de déposer les armes. Mme Catalán, âgée de 36 ans, était une activiste des droits humains et de l’environnement passionnée qui avait été une responsable des jeunes du parti Vert de Suède et avait passé des années à œuvrer pour les droits humains et les réformes du secteur de la sécurité en Afghanistan, en Palestine, et dans l’est de la RD Congo.

Puis, il y avait la portée historique. Ils étaient les premiers enquêteurs de l’ONU chargés de surveiller des sanctions à avoir été tués dans l’exercice de leurs fonctions depuis que l’ONU imposa ses premières sanctions contre la Rhodésie du Sud (aujourd’hui le Zimbabwe) en 1966. Depuis lors, des centaines de moniteurs de sanctions ont été déployés pour rendre compte de situations aussi diverses que les Talibans afghans, le programme nucléaire irakien ou encore les rebelles en Sierra Leone.

Enfin, et tragiquement, leur mort est un rappel du peu d’attention accordée au massacre de centaines de Congolais dans la région du Kasaï depuis août dernier, ce sur quoi M. Sharp et Mme Catalán enquêtaient. Les observateurs des droits humains ont découvert au moins 42 fosses communes dans la région, dont la majorité seraient l’œuvre de l’armée congolaise. Au cours des dix derniers mois, environ 1,3 million de personnes ont été déplacées par la violence qui sévit dans la région – plus que partout ailleurs dans le monde au cours de la même période. Plus de 600 écoles ont été attaquées ou détruites, et plus de 1,5 million d’enfants sont affectés par les violences. Mais presque rien n’a été fait pour rendre justice aux victimes.

Plus l’ONU attend, plus l’enquête sera difficile, les éléments de preuve clés et les témoins pouvant disparaître. Des rapports circulent déjà faisant état de militaires creusant là où les fosses communes sont situées pour dissimuler les traces de leurs crimes.

Lors d’une réunion du Conseil des droits de l’homme en mars, le haut-commissaire aux droits de l’homme a appelé à une enquête sur la situation dans la région du Kasaï. Des pays européens ont convenu de la nécessité d’une telle enquête, mais ces efforts ont été entravés par le gouvernement congolais et plusieurs pays africains, qui ont affirmé qu’il fallait accorder une chance au système judiciaire congolais pour mener sa propre enquête sur les violences.

Plus de trois mois plus tard, le gouvernement congolais a échoué à produire une enquête crédible, et le bureau des Nations Unies aux droits de l’homme en RD Congo n’a pas bénéficié de l’accès ou de la coopération nécessaires pour apporter un soutien significatif. Le haut-commissaire a réitéré son appel à une enquête internationale la semaine passée, et les membres du Conseil ont une nouvelle occasion pour établir une enquête pendant la session en cours.

Quant à M. Sharp et Mme Catalán, le secrétaire général a mis en place une commission d’enquête (board of inquiry), mais celle-ci cherche principalement à savoir si les protocoles de sécurité de l’ONU étaient appropriés et suivis. Elle n’a ni le mandat ni les moyens pour mener des enquêtes sur qui était responsable des meurtres. Les États-Unis et la Suède ont lancé leurs propres enquêtes, mais elles devraient très probablement dépendre de la coopération du gouvernement congolais pour interroger des témoins, obtenir des relevés téléphoniques et se rendre sur la scène du crime.

Davantage doit être fait

Le président Joseph Kabila, qui était censé quitter ses fonctions l’année passée à la fin de son deuxième mandat, a manifesté peu de volonté pour traduire les personnes responsables des massacres des Congolais ou des meurtres des enquêteurs des Nations Unies en justice. Des membres des forces de sécurité sont directement impliqués dans les violences, et le gouvernement congolais est connu pour son ingérence à de nombreuses reprises par le passé dans des affaires judiciaires sensibles.

L’impulsion pour la justice devra venir de l’extérieur. Des enquêtes spéciales des Nations Unies sur les meurtres de M. Sharp et Mme Catalán, ainsi que sur la violence plus large dans les Kasaïs, pourraient se rendre sur le terrain, rassembler des preuves et identifier des suspects. Des rapports publics avec des conclusions constitueraient une base pour faire pression pour que toutes les personnes responsables des massacres et d’autres abus, quel que soit leur grade ou le poste qu’elles occupent, soient traduites en justice. Des enquêtes judiciaires aux États-Unis et en Suède ou par la Cour pénale internationale pourraient à terme conduire à des arrestations et à des poursuites.

Il est important de garder à l’esprit que dans le cas de la RD Congo, rien ne peut excuser l’inaction internationale. Il ne s’agit pas de la Syrie, où le soutien russe au gouvernement et la menace de l’État islamique ont créé une impasse géopolitique. La RD Congo n’a que peu d’alliés engagés et puissants. Par ailleurs, son budget est soutenu en grande partie par ces mêmes gouvernements occidentaux qui demandent que justice soit faite, et son armée est appuyée dans l’est par la plus grande force de maintien de la paix onusienne au monde. Ces paradoxes mettent en évidence une vérité cruciale et désagréable : en RD Congo, les plus grandes pierres d’achoppement sont parfois l’indifférence et le manque de volonté politique. Nous pouvons découvrir qui a tué M. Sharp et Mme Catalán, tout comme nous pouvons rendre justice pour les centaines de Congolais qui ont perdu la vie dans les Kasaïs. Nous devons juste y attacher suffisamment d’importance.

Ida Sawyer est directrice pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. Jason Stearns est le directeur du Groupe d’étude sur le Congo, basé à l’Université de New York, et un ancien coordinateur du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RD Congo.

Ida Sawyer et Jason Stearns via KINSHASATIMES.CD

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La RédactionLa Rédaction6 juin 20172min0

À travers la République Démocratique du Congo, des dizaines de membres de l’opposition et d’activistes sont détenus pour avoir participé à des manifestations pacifiques, s’être opposés au report des élections, ou avoir critiqué des politiques du gouvernement. Beaucoup sont détenus au secret sans inculpation ni accès à leur famille ou à des avocats. D’autres sont jugés sur base d’accusations forgées de toutes pièces. Beaucoup souffrent de passages à tabac réguliers et de conditions de vie épouvantables, qui passent largement inaperçus dans le monde extérieur.

Dans une nouvelle série, Human Rights Watch s’entretient avec des détenus, et interroge des membres de familles au sujet de leurs proches derrière les barreaux, nous montrant la tragédie personnelle des arrestations et détentions arbitraires et leur énorme impact sur les familles et les amis.

Sephora Astride Bidwaya, âgée de 25 ans, est une activiste politique qui est en prison à Goma, ville dans l’est du pays, depuis plus de cinq mois. Graduée en droit de l’Université de Goma, Sephora s’est engagée en politique à l’âge de 18 ans, quand elle a rejoint l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti d’opposition, avant de devenir vice-présidente des jeunes de ce parti à Goma, chargée de la culture et du genre.

Les forces de sécurité l’ont arrêtée le 19 décembre 2016, avec 11 autres membres de partis de l’opposition, lors d’une manifestation pacifique contre la décision du Président Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de son deuxième et dernier mandat autorisé par la constitution, qui prenait fin ce jour-là.

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La RédactionLa Rédaction26 mai 20175min0

«Bientôt on aura un communiqué commun qui va réunir les gens du gouvernement, ceux de la famille et l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Vous saurez tout ». C’est par ces mots du frère cadet d’Etienne Tshisekedi , Monseigneur Gérard Mulumba à la presse en début de semaine que sont apparus les signes d’un désamorçage de la querelle au sujet de l’inhumation de feu l’opposant congolais (E. Tshisekedi) qui oppose son parti et l’Etat congolais depuis plusieurs mois.

La famille biologique du Sphinx de Limete et son parti ont repris les pourparlers avec les exécutifs central ainsi que provincial en vue de balayer les divergences persistantes sur la question de l’organisation des obsèques de celui qui aura été à trois reprises Premier ministre de la République démocratique du Congo, alors Zaïre à l’époque (sous Mobutu).

Même les plus méfiants à l’égard du gouvernement au sein de l’Udps reconnaissent le déroulement serein des discussions reprises par les parties.

«Je vous promets qu’un arrangement sera trouvé. Un compromis sera dégagé d’ici là et que la date d’enterrement sera connue de tous», a même affirmé Peter Kazadi cadre de l’Udps.

Tshibala l’homme de la situation ?

Si pendant des mois l’Udps a rejeté catégoriquement les propositions du gouvernement Badibanga sur ces funérailles, charge reprise d’ailleurs pleinement par l’Hôtel de ville de Kinshasa, la promesse ex cathedra du nouveau premier ministre, Bruno Tshibala d’enterrer avec les honneurs dignes de son rang de celui aux côté de qui il a traversé des décennies de lutte à l’opposition a eu tant soit peu de l’effet chez ceux qui ont même contesté sa nomination.

Même poignard, différents styles

A voir de prêt, on pourrait dire que la [trahison] dont on a reproché à Samy Badibanga [par les partisans de l’Udps] en son temps pour avoir pactisé avec le pouvoir, allant à l’encontre de la démarche de son mentor, de son vivant, au soir de sa lutte politique a des similitudes avec celle que l’on reproche à Tshibala, mais avec une bonne dose d’embrouillamini qui peut-être joue en sa faveur.

L’actuel Premier ministre, auto-exclu (ou viré) de l’Udps après la restructuration controversée du Rassemblement de l’opposition (plate-forme créée à Genval en 2016) a bénéficié de ce qu’on peut voir comme une «présomption d’innocence» au vu de la légitimité de sa protestation contre ce que le Rassemblement Kasa-Vubu a qualifié d’hégémonie du G7, favorisé par la lassitude du deuil interminable d’un homme porté de son vivant par une bonne frange de la population congolaise.

D’autre part c’est aussi la fidélité de l’actuel occupant de la primature au Sphinx de Limete, mais surtout son «prétendu» rejet de l’offre des clés de la primature lui faite par le pouvoir lors de son séjour carcéral dans la prison de Makala, fin 2016, du vivant du mentor qu’il a en commun avec Samy Badibanga… Toutes ces circonstances lui ont conduit des marches du palais de la Nation pour des consultations, aux bureaux de la primature sis avenue Roi Baudouin.

Les divergences qui semblaient s’éterniser pourront dans les prochains jours connaitre un épilogue pour qu’enfin sois remis sous terre le défunt président de l’Udps décédé à Bruxelles le 1 février dernier. Le temps de l’opposition est passé. Le temps de la contestation, la protestation est passé. Place à la raison. Les Tshisekedi, l’Udps et le Gouvernement parlent. Il faut enterrer le Vaillant Soldat Tshitshi.

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La RédactionLa Rédaction18 mai 201726min0

Emmanuel Macron, leader du mouvement En Marche!, est arrivé en tête lors du premier tour de l’élection présidentielle française ce dimanche 23 avril, avec 23,75% des voix contre 21,53% pour la présidente du Front National, Marine Le Pen. Le favori à la succession de François Hollande a accordé une interview à Jeune Afrique, une semaine avant ce scrutin.

Sa perception de l’Afrique et la politique qu’il entend mettre en place s’il était élu, la colonisation, l’aide publique au développement, le franc CFA, les relations Algérie-Maroc, la démocratie et les Constitutions, l’immigration, Trump, Poutine…

Avant le premier tour de l’élection présidentielle française, le 23 avril, nous avons interrogé le candidat d’En marche !, Emmanuel Macron, dans un TGV entre Paris et Besançon, où il se rendait en meeting.

Jeune Afrique : En quelques mots, que proposez-vous de nouveau ou de différent aux électeurs français ?

Emmanuel Macron : Je propose un renouvellement profond de la vie politique française et un projet pour la France qui rassemble les Français autour d’objectifs clairs. Le socle de ce projet repose sur 6 chantiers de transformation : l’éducation et la culture, la réforme du marché du travail, la modernisation de l’économie (à travers l’écologie et le numérique, notamment), la sécurité, le fonctionnement plus efficace des institutions et une politique européenne et internationale indépendante et humaniste.

Ce projet s’appuie sur un mouvement d’un dynamisme extraordinaire, En Marche !, porté par des femmes et des hommes engagés sur le terrain, souvent nouveaux venus dans la vie politique, réunis par les valeurs
de la République et du progrès.

La campagne a été plombée par les affaires du Front national et du candidat François Fillon Quel jugement portez-vous sur cette campagne électorale totalement inédite ?

J’aimerais qu’elle se concentre sur les programmes. Elle a été plombée par les affaires du Front national et du candidat François Fillon. Mais je crois que les Françaises et les Français voteront finalement en connaissance de cause. Notre projet est le seul qui soit à la fois réaliste et ambitieux. Il faut convaincre jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière minute.

Sur le plan des relations internationales, et en particulier vis-à-vis de l’Afrique, qu’est ce qui changerait avec vous ?

Dans la politique étrangère que je conduirai, je veillerai à défendre partout les intérêts stratégiques de la France, et en priorité la sécurité des Français.

A cet égard, en Afrique, je mènerai une action déterminée, avec nos partenaires africains et internationaux, contre le terrorisme et les trafics qui menacent la stabilité de plusieurs pays.

Nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre l’UE et l’UA pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme. Mais je souhaite aussi que la France, l’Europe et l’Afrique saisissent ensemble les opportunités de ce continent d’avenir. Nous devons refonder notre relation avec l’Afrique pour créer un nouveau partenariat équilibré, de confiance et de croissance.

Le doublement de la population africaine et l’émergence de plusieurs pays africains dans les 30 prochaines années pourrait en effet s’apparenter à celle des dragons asiatiques au 20e siècle. Mais pour surmonter les éléments de fragilité du développement africain – sécurité, jeunesse peu formée, inégalités, dégradation des sols et réchauffement climatique – nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre les Unions (européenne et africaine), qui renouvelle complètement les politiques existantes, pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme, et bâtir une relation politique et économique véritablement partenariale.

C’est ainsi que l’Europe et l’Afrique pourront prospérer ensemble, défendre leurs intérêts mutuels et peser sur l’avenir de notre monde, aux côtés des États-Unis, de la Chine et d’autres puissances émergentes.

Dès les premières semaines de mon mandat, j’engagerai une nouvelle politique en direction du continent africain, fondée sur la liberté et la responsabilité, avec des priorités claires : la sécurité, la lutte contre le changement climatique, les droits des femmes, l’éducation et la formation, les infrastructures, notamment pour l’accès à l’énergie et à l’eau, et le développement du secteur privé, notamment des PME africaines qui sont créatrices d’emploi.

Dès le G20 de juillet prochain en Allemagne, je mobiliserai les institutions et nos partenaires internationaux pour faire du développement durable des États et des économies africaines une priorité majeure de l’agenda international.
C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons regarder l’avenir avec confiance

Vous avez fait une déclaration forte sur la colonisation en Algérie, qui a fait polémique. Quel est, en définitive, votre jugement sur ce sujet ?

La colonisation a donné lieu à des violences qui ont nié l’humanité des victimes. Je ne m’inscris pas dans la repentance, mais je ne souhaite pas non plus refouler ce passé, dont la connaissance doit nous aider à construire un avenir apaisé. Apaisé dans notre pays, où les historiens peuvent nous aider à regarder notre histoire en face.
Et apaisé avec nos partenaires du Sud. C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons regarder l’avenir avec confiance.

Comment comptez-vous gérer les relations de la France avec l’Algérie et le Maroc, qui ne s’entendent guère ?

La France a des relations fortes avec l’Algérie, avec le Maroc mais aussi avec la Tunisie, qui sont basées sur des relations humaines et des intérêts communs majeurs. Ce seront des partenaires essentiels dans le cadre de l’initiative en direction de la Méditerranée et de l’Afrique que je souhaite engager dès le début de mon mandat. Je me suis déjà rendu en Algérie et en Tunisie et si je n’ai pas encore pu aller au Maroc, je m’y rendrai très rapidement après mon élection, si les Français m’accordent leur confiance. Je n’ai pas à commenter la nature des relations entre le Maroc et l’Algérie car il s’agit de deux pays souverains. Je crois profondément à l’intérêt des pays du Maghreb à coopérer davantage, à intensifier leurs relations économiques, qui restent faibles, de la même manière qu’ils développent leurs relations avec le reste du continent africain.

Environ 10% de la population française a des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France. Quels sont les pays africains que vous connaissez le mieux ?

J’ai vécu plusieurs mois au Nigeria, ce qui m’a permis de découvrir le pays d’Afrique le plus peuplé du continent et l’une des premières économies africaines, qui fait jeu égal avec l’Afrique du Sud. Cela m’a donné une bonne compréhension des défis auxquels sont confrontés les États africains, et des opportunités d’avenir qu’ils recèlent.

J’ai par ailleurs rencontré de nombreux chefs d’entreprise et responsables politiques africains dans le cadre de mes fonctions de ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, ainsi que les actuels présidents du Nigeria, de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.

Les relations entre chefs d’État sont importantes pour les défis que nous avons à relever ensemble, et je serais heureux d’aller à la rencontre de mes homologues africains rapidement après mon élection. Mais les liens entre l’Afrique et la France dépassent le seul cadre des relations d’État à État. Environ 10% de la population française a
des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France. C’est pourquoi je veux approfondir nos relations au niveau des acteurs de la société civile et des acteurs économiques. C’est vital pour aussi en terminer avec certains réseaux de connivence qui n’ont plus lieu d’être.

Si vous deviez résumer la future politique africaine de la France, relativement absente des débats lors de la campagne, sur quels principes s’appuierait-elle ?

Je veux écrire une nouvelle page dans notre relation avec l’Afrique et pour cela conduire un véritable aggiornamento de notre politique en direction du continent, pour répondre à sa vitalité et contribuer à libérer son potentiel.
Je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes encore trop présentes C’est pourquoi, je lancerai une initiative ambitieuse entre la France, l’Europe, le sud de la Méditerranée et l’Afrique, les routes de la liberté et de la responsabilité, pour renforcer nos intérêts mutuels,
dans tous les domaines – sécurité, climat, commerce, emploi, innovation.

Dans le cadre de ce partenariat pour l’avenir, j’apporterai plusieurs inflexions à notre politique africaine.
Tout d’abord, je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes dont on a vu que, malheureusement, ils subsistent encore dans le système politique français, en particulier à droite et à l’extrême-droite.

Dans cet esprit, je veux m’appuyer sur les forces vives africaines et françaises : les intellectuels, les ONG, les entreprises françaises et africaines, la diaspora française en Afrique et africaine en France. Je veux aussi que la France accorde plus d’attention et de place à la jeunesse africaine, qui est dynamique et créative, et au développement du secteur privé. Un des grands défis pour nous tous, c’est de créer en Afrique des emplois pour la jeunesse africaine. Il faudra pour cela que chacun prenne sa part, l’aide internationale, les gouvernements
nationaux et les investisseurs privés, nationaux et internationaux, pour financer les infrastructures productives (électricité, eau, communications) et les entreprises, notamment les PME.

Enfin, je veux encourager la francophonie, qui est un atout pour la France dans la mondialisation, et qui sera très africaine, puisque 75% des francophones dans le monde seront africains d’ici à 2040. Nous devons développer ensemble un espace économique et un fonds d’investissement francophones.

Dernier point : je suis conscient des soupçons d’ingérence que notre présence militaire peut susciter. Je veux souligner que ces forces jouent un rôle essentiel aujourd’hui dans la lutte contre le terrorisme et la prévention de crises, pour notre bénéfice collectif. Je souhaite qu’elles travaillent au renforcement des capacités
sécuritaires africaines nationales et régionales.

L’aide publique doit-elle être conditionnée à des critères démocratiques ou de respect des droits de l’homme ?

Notre aide au développement n’est pas suffisante, particulièrement en Afrique. Nous devons l’augmenter pour atteindre, comme nos partenaires européens, l’engagement de 0,7% de la richesse nationale, entre 2017
et 2030, en fonction de nos marges budgétaires. Cette aide au développement renforcée devra se concentrer sur l’Afrique et l’espace francophone, pour appuyer les priorités que j’ai déjà évoquées : lutte contre le dérèglement climatique, droits des femmes, éducation et formation, infrastructures, bonne gouvernance, développement du secteur privé et de l’emploi.

L’aide humanitaire et l’aide directe à des populations en situation difficile doivent évidemment être préservées, particulièrement dans les situations de crise, mais nous devons être prêts à reconsidérer notre soutien aux gouvernements qui bafouent les droits les plus fondamentaux.

Je compte proposer un programme de renforcement des capacités des sociétés civiles dans toutes leurs composantes : fondations locales, organisations de droits de l’Homme ou de protection de l’environnement, médias, partis politiques, syndicats. Je défendrai le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique
Modification des Constitutions pour rester au pouvoir, élections tronquées, régimes autoritaires, justice partiale :

Quel doit être selon vous le rôle pour la France face à ces dérives ?

Les États africains ont adopté une Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance, qui requiert le respect de principes démocratiques fondamentaux. Pouvons-nous nous-mêmes renier les principes que les États africains se sont eux-mêmes donnés ? A l’évidence, non. Si je suis élu, je défendrai le respect des
principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique, en lien avec l’Union Africaine et les organisations régionales qui ont un rôle majeur à jouer pour faire respecter ces principes de bonne gouvernance démocratique que les pays d’Afrique ont définis.

Je salue d’ailleurs à ce titre le rôle très important joué par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans la résolution de plusieurs conflits notamment au Burkina Faso ou plus récemment en Gambie. Je note que les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale Le Franc CFA, dont la persistance est l’objet d’un vif débat, a-t-il toujours un avenir ?

Je le crois, mais c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes. Je note qu’en général les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires (Afrique centrale et
Afrique de l’Ouest) qui constituent la zone du franc CFA et qui contribuent à la stabilité économique et à l’intégration régionale. Je serai entièrement à l’écoute des souhaits de nos partenaires dans ce domaine de coopération exemplaire.

Le débat sur la laïcité est vif en France. Votre position ? Peut-elle s’accommoder de différences comportementales liées à la religion (menus spéciaux cantines, port du voile) ?

La laïcité est au cœur du pacte national français. C’est un principe de liberté qui permet, dans l’espace public et la fraternité républicaine, de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres. La laïcité est une liberté avant d’être un interdit. Elle garantit à chacun la liberté fondamentale de croire et de pratiquer la religion qu’il s’est choisie, comme la liberté fondamentale de ne pas croire. La laïcité protège aussi la République : elle garantit que la loi est commune à tous les citoyens et indépendante des dogmes.

Aujourd’hui, la confusion règne sur le sens de la laïcité et ses limites. Trop de Français confondent la laïcité et l’interdiction des manifestations religieuses – et certains font de cette confusion leur fonds de commerce. La laïcité, nous ne le répéterons jamais assez, est une liberté avant d’être un interdit.

L’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école est pleinement justifiée par l’âge des enfants ; elle doit donc être maintenue. Elle ne doit cependant pas être étendue à l’université, où les étudiants sont majeurs et responsables. Les usagers des services publics doivent voir protégée leur liberté d’exprimer leurs convictions religieuses et spirituelles, dans la limite du raisonnable comme des règles de l’ordre public et du bon fonctionnement de ces services. Dans l’espace public (rues, plages), l’expression des convictions religieuses doit bien sûr rester libre à condition de ne pas porter atteinte à l’ordre public.

Immigration concertée, immigration choisie… Quelle est votre position sur cette question sensible ?

La France doit tenir ses engagements en matière d’accueil des réfugiés, tout en se montrant, dans des conditions toujours dignes, inflexible avec les personnes qui ne remplissent pas les conditions de séjour sur notre territoire.
Je veux en France les meilleurs talents du monde entier Mais pour mieux gérer ces flux migratoires, il faut travailler en amont : contre les réseaux criminels des passeurs, dans les pays d’origine et de transit ; contre les causes des migrations, en aidant les pays d’origine des migrants à offrir à leurs habitants un avenir sur place Et je veux m’appuyer sur l’échelon européen, qui est le bon niveau pour agir fortement, en portant le corps européen de police des frontières à 5 000 agents, en renforçant la lutte contre les passeurs dans les pays de transit, et, en traitant, avec l’aide au développement européenne, les causes profondes de l’immigration. L’Europe pourra proposer aux pays africains des accords mutuellement bénéfiques, pour accompagner une politique migratoire maîtrisée et humaine.

Je veux par ailleurs attirer en France les meilleurs talents du monde entier (créateurs d’entreprises, investisseurs, chercheurs ou artistes), et développer les visas de circulation pour les professionnels (entreprises, scientifiques) qui contribuent à notre développement scientifique et économique partagé. Les institutions internationales (Conseil de sécurité, Banque mondiale, FMI) doivent-elles évoluer pour intégrer l’évolution géopolitique du monde ?

Nous continuerons de plaider pour un élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents, pour refléter les équilibres de l’ordre mondial. L’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil et un pays africain ont vocation à accéder à ce statut, avec les droits et les devoirs qu’il comporte.

Je compte promouvoir, aux côtés des plus de 80 pays favorables à cette initiative, et notamment le Mexique, un encadrement de l’usage du droit de veto par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité
en cas de crimes de masse.

Enfin, il faut également poursuivre le rééquilibrage qui a été engagé à la Banque mondiale et au FMI pour assurer une meilleure représentation de tous les pays, en phase avec les évolutions économiques.

Vladimir Poutine est-il à vos yeux un concurrent, un adversaire ou un partenaire ?

La Russie a un grand peuple, une grande culture et une grande histoire. Nous avons souvent été alliés, y compris du temps de l’URSS. Mais aujourd’hui, il n’y a aucune raison de se soumettre à une quelconque domination russe, de se laisser impressionner ou de laisser les Russes agir au mépris du droit international.

Contrairement à d’autres, je suis en mesure de me faire respecter par Vladimir Poutine car je n’ai pas de dette à l’égard de la Russie.Je dirai à Vladimir Poutine de façon très directe et déterminée que je suis prêt à une relance d’un dialogue exigeant pour régler les crises dans lesquelles la Russie est impliquée (Ukraine, Syrie). Je lui dirai
aussi que je serai vigilant sur la défense de nos principes, sans hostilité mais sans concession.

Contrairement à d’autres, je suis en mesure de me faire respecter car je n’ai pas de dette à l’égard de la Russie dans cette campagne où des interférences inacceptables ont d’ailleurs eu lieu.

Si la Russie respecte ses engagements, alors nous lèverons progressivement les sanctions européennes et nous renforcerons – en lien avec l’Allemagne – le partenariat politique et économique de l’UE avec la Russie. Et Donald Trump ?

La France partage avec les États-Unis plus de deux siècles d’amitié ininterrompue. C’est au nom de cette amitié que je dirai au Président Trump avec franchise les préoccupations que nous inspirent ses annonces politiques (sur le commerce, l’environnement ou la remise en cause de l’OTAN).

Je crois à une politique multilatérale, je crois en l’avenir de l’ONU. Je l’ai dit au sujet de la Syrie.
Je dirai également au président américain ma volonté et mon engagement en faveur d’une Europe forte dans tous les domaines, y compris celui de la Défense ; une Europe qui a toujours été la meilleure alliée des États-Unis, avec qui nous coopérons sur le terrain pour faire avancer nos intérêts, par exemple contre Daech en Irak et en Syrie, ou encore dans le Sahel.

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La RédactionLa Rédaction17 mai 20175min0

Journaliste au quotidien belge « Le Soir », Collette Braeckman connaît bien le Congo (autrefois Zaïre) dont elle couvre l’actualité depuis plusieurs décennies. Elle a notamment interrogé à plusieurs reprises le président Mobutu. Le 16 mai quand ce dernier quitte Kinshasa pour Gbadolité d’où il prendra la direction du Togo puis du Maroc, Collette Braeckman est à Brazzaville où elle était allée suivre les négociations sur l’Outenika. Elle va traverser le fleuve Congo à bord d’un bateau à moteur pour venir vivre les derniers moments du régime Mobutu renversé dès le lendemain par la rébellion de l’AFDL.

La journaliste belge affirme que dans les derniers moments de son régime quand la rébellion de l’AFDL avançait vers Kinshasa, le président Mobutu « ne se rendait pas compte de la gravité de la situation ».

Selon Collette Braeckman, le Maréchal Mobutu a refusé à un moment de quitter le pays. Il y a finalement été forcé. Le 16 mai, le président Mobutu quitte Kinshasa alors que les forces rebelles sont aux portes de la ville.

« A un moment donné, il ne voulait pas partir. Il était malade. Je crois qu’on l’a embarqué dans son avion avec sa voiture. Direction : Gdadolité. Il était vraiment temps de partir. L’avion est parti en dernière minute, en catastrophe. Il s’est posé à Gbadolité. A Gbadolité, il y avait des troupes qui étaient mutinées parce qu’elles n’étaient pas payées. L’avion n’a pas pu rester longtemps à Gbadolité et il est parti au Togo », relate la journaliste.

Pour éviter que les affrontements entre les rebelles de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila et l’armée zaïroise dans une capitale de plusieurs millions de personnes, le général Mahele, chef d’Etat-major de l’armée, va négocier secrètement avec la rébellion.

« Ce que Mobutu ne savait pas ce que le général Mahele avait secrètement négocié avec l’AFDL probablement sous l’égide des Américains pour éviter qu’on se batte à Kinshasa et pour éviter que la guerre n’entre dans la ville. Ce qui aurait fait beaucoup de victimes civiles. Le général Mahele a plaidé pour une entrée pacifique parce que de toute façon la situation était irréversible », renseigne Colette Braeckman.

« Il y avait un mélange de peur et de soulagement parce que l’affrontement n’avait pas eu lieu. Mais aussi de crainte et d’incertitude par rapport à l’avenir », se souvient Colette Braeckman.

Mahele traitre ?

Le général Mahele a été assassiné dans la nuit du vendredi au samedi 17 mai 1997. Une partie de l’entourage de Mobutu l’accusait d’avoir trahi le président Mobutu en négociant avec les rebelles. «Pour épargner la population civile, [le général Mahele] prit contact avec l’AFLD et se rendit [vendredi] tard le soirée dans le camp Tshatshi, où les derniers fidèles de Mobutu s’étaient retranchés.

Parmi eux, se trouvait Kongolo, le fils cadet de Mobutu, dont la cruauté légendaire lui avait valu le surnom de « Saddam Hussein ». Mahele essaya de les convaincre de renoncer au pillage mais, à leurs yeux, cet officier s’était rendu coupable de haute trahison. Dans la nuit du vendredi au samedi, il fut assassiné », écrit David Van Reybrouck dans son ouvrage « Congo, une histoire ».

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La RédactionLa Rédaction16 mai 20174min0

Le palais du peuple connaitra une ambiance toute particulière ce mardi 16 mai à l’occasion de l’investiture du gouvernement de Bruno Tshibala.

Une semaine après la publication de son gouvernement, le premier ministre Bruno Tshibala et son équipe seront investis ce mardi au Palais du peuple de Kinshasa devant l’Assemblée Nationale. .

Le nouveau premier ministre va prononcer un discours au cours duquel il va présenter son programme d’actions durant son mandat.

Bruno Tshibala va certainement annoncer sa volonté de mobiliser les moyens nécessaires pour organiser les élections tant souhaitées par les congolais.

L’accord signé le 31 décembre dernier sous l’égide de la Conférence Episcopale du Congo (Cenco) recommande l’organisation des élections d’ici la fin de décembre 2017. Or, au moment où l’on s’achemine vers le milieu de l’année, le gouvernement n’a pas toujours réuni des fonds nécessaires destinés à la Commission Electorale nationale Indépendante (Ceni) pour l’organisation de ces élections.

En outre la Ceni n’a pas encore publié le calendrier électoral et s’attèle au processus d’enrôlement des électeurs.

Dans son intervention devant le parlement, Bruno Tshibala tentera de donner des explications claires sur les stratégies que son gouvernement compte mettre en place pour que les élections se tiennent dans les délais convenus.

Le deuxième défi à relever c’est la situation économique et sociale catastrophique marquée par la dépréciation du Franc Congolais. En sur le plan économique, la dégringolade du Franc Congolais (1$ s’échange à 1.460 FC), la hausse des prix des denrées de première nécessite sur le marché, la perte du pouvoir d’achat de la population, ne font qu’accroître la misère et la pauvreté et fait monter la tension dans des quartiers et communes de Kinshasa et d’autres villes et localités en provinces.

Enfin, le troisième défi pour le gouvernement de Bruno Tshibala, c’est de mettre fin aux violences qui touchent la province du Kasai, avec des affrontements sanglants entre les forces gouvernementales et les miliciens du chef Kamuna Nsapu tués en juillet 2016 par les forces armées de la République démocratique du Congo.

L’autre zone de conflit c’est le Nord Katanga où des affrontements inter ethniques entre les communautés pygmée et Bantu ont déjà fait plusieurs milliers de victimes et des déplacés; sans oublié l’activisme des groupe armés dans le Kivu. Autant de défis que ce gouvernement devra relever dans un temps réduit.

Enfin l’équipe de Bruno Tshibala devra également s’investir pour mettre fin aux attaques des groupes armées dans le Nord Kivu et le Sud Kivu

En tout état de cause, l’équipe actuelle ne dispose pas de larges marges de manœuvres pour relever ces défis dans un temps aussi court.

Car mobiliser les moyens financiers nécessaires pour organiser les élections en décembre prochain relèverait du vrai miracle.

L’on saura peut-être à l’issue de son discours quelles sont les stratégies que Tshibala et son groupe mettra en place pour relever ces défis.

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