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La RédactionLa Rédaction18 mai 201726min00

Emmanuel Macron, leader du mouvement En Marche!, est arrivé en tête lors du premier tour de l’élection présidentielle française ce dimanche 23 avril, avec 23,75% des voix contre 21,53% pour la présidente du Front National, Marine Le Pen. Le favori à la succession de François Hollande a accordé une interview à Jeune Afrique, une semaine avant ce scrutin.

Sa perception de l’Afrique et la politique qu’il entend mettre en place s’il était élu, la colonisation, l’aide publique au développement, le franc CFA, les relations Algérie-Maroc, la démocratie et les Constitutions, l’immigration, Trump, Poutine…

Avant le premier tour de l’élection présidentielle française, le 23 avril, nous avons interrogé le candidat d’En marche !, Emmanuel Macron, dans un TGV entre Paris et Besançon, où il se rendait en meeting.

Jeune Afrique : En quelques mots, que proposez-vous de nouveau ou de différent aux électeurs français ?

Emmanuel Macron : Je propose un renouvellement profond de la vie politique française et un projet pour la France qui rassemble les Français autour d’objectifs clairs. Le socle de ce projet repose sur 6 chantiers de transformation : l’éducation et la culture, la réforme du marché du travail, la modernisation de l’économie (à travers l’écologie et le numérique, notamment), la sécurité, le fonctionnement plus efficace des institutions et une politique européenne et internationale indépendante et humaniste.

Ce projet s’appuie sur un mouvement d’un dynamisme extraordinaire, En Marche !, porté par des femmes et des hommes engagés sur le terrain, souvent nouveaux venus dans la vie politique, réunis par les valeurs
de la République et du progrès.

La campagne a été plombée par les affaires du Front national et du candidat François Fillon Quel jugement portez-vous sur cette campagne électorale totalement inédite ?

J’aimerais qu’elle se concentre sur les programmes. Elle a été plombée par les affaires du Front national et du candidat François Fillon. Mais je crois que les Françaises et les Français voteront finalement en connaissance de cause. Notre projet est le seul qui soit à la fois réaliste et ambitieux. Il faut convaincre jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière minute.

Sur le plan des relations internationales, et en particulier vis-à-vis de l’Afrique, qu’est ce qui changerait avec vous ?

Dans la politique étrangère que je conduirai, je veillerai à défendre partout les intérêts stratégiques de la France, et en priorité la sécurité des Français.

A cet égard, en Afrique, je mènerai une action déterminée, avec nos partenaires africains et internationaux, contre le terrorisme et les trafics qui menacent la stabilité de plusieurs pays.

Nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre l’UE et l’UA pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme. Mais je souhaite aussi que la France, l’Europe et l’Afrique saisissent ensemble les opportunités de ce continent d’avenir. Nous devons refonder notre relation avec l’Afrique pour créer un nouveau partenariat équilibré, de confiance et de croissance.

Le doublement de la population africaine et l’émergence de plusieurs pays africains dans les 30 prochaines années pourrait en effet s’apparenter à celle des dragons asiatiques au 20e siècle. Mais pour surmonter les éléments de fragilité du développement africain – sécurité, jeunesse peu formée, inégalités, dégradation des sols et réchauffement climatique – nous devons mettre en place un partenariat stratégique entre les Unions (européenne et africaine), qui renouvelle complètement les politiques existantes, pour sortir des logiques de charité ou de clientélisme, et bâtir une relation politique et économique véritablement partenariale.

C’est ainsi que l’Europe et l’Afrique pourront prospérer ensemble, défendre leurs intérêts mutuels et peser sur l’avenir de notre monde, aux côtés des États-Unis, de la Chine et d’autres puissances émergentes.

Dès les premières semaines de mon mandat, j’engagerai une nouvelle politique en direction du continent africain, fondée sur la liberté et la responsabilité, avec des priorités claires : la sécurité, la lutte contre le changement climatique, les droits des femmes, l’éducation et la formation, les infrastructures, notamment pour l’accès à l’énergie et à l’eau, et le développement du secteur privé, notamment des PME africaines qui sont créatrices d’emploi.

Dès le G20 de juillet prochain en Allemagne, je mobiliserai les institutions et nos partenaires internationaux pour faire du développement durable des États et des économies africaines une priorité majeure de l’agenda international.
C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons regarder l’avenir avec confiance

Vous avez fait une déclaration forte sur la colonisation en Algérie, qui a fait polémique. Quel est, en définitive, votre jugement sur ce sujet ?

La colonisation a donné lieu à des violences qui ont nié l’humanité des victimes. Je ne m’inscris pas dans la repentance, mais je ne souhaite pas non plus refouler ce passé, dont la connaissance doit nous aider à construire un avenir apaisé. Apaisé dans notre pays, où les historiens peuvent nous aider à regarder notre histoire en face.
Et apaisé avec nos partenaires du Sud. C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons regarder l’avenir avec confiance.

Comment comptez-vous gérer les relations de la France avec l’Algérie et le Maroc, qui ne s’entendent guère ?

La France a des relations fortes avec l’Algérie, avec le Maroc mais aussi avec la Tunisie, qui sont basées sur des relations humaines et des intérêts communs majeurs. Ce seront des partenaires essentiels dans le cadre de l’initiative en direction de la Méditerranée et de l’Afrique que je souhaite engager dès le début de mon mandat. Je me suis déjà rendu en Algérie et en Tunisie et si je n’ai pas encore pu aller au Maroc, je m’y rendrai très rapidement après mon élection, si les Français m’accordent leur confiance. Je n’ai pas à commenter la nature des relations entre le Maroc et l’Algérie car il s’agit de deux pays souverains. Je crois profondément à l’intérêt des pays du Maghreb à coopérer davantage, à intensifier leurs relations économiques, qui restent faibles, de la même manière qu’ils développent leurs relations avec le reste du continent africain.

Environ 10% de la population française a des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France. Quels sont les pays africains que vous connaissez le mieux ?

J’ai vécu plusieurs mois au Nigeria, ce qui m’a permis de découvrir le pays d’Afrique le plus peuplé du continent et l’une des premières économies africaines, qui fait jeu égal avec l’Afrique du Sud. Cela m’a donné une bonne compréhension des défis auxquels sont confrontés les États africains, et des opportunités d’avenir qu’ils recèlent.

J’ai par ailleurs rencontré de nombreux chefs d’entreprise et responsables politiques africains dans le cadre de mes fonctions de ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, ainsi que les actuels présidents du Nigeria, de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.

Les relations entre chefs d’État sont importantes pour les défis que nous avons à relever ensemble, et je serais heureux d’aller à la rencontre de mes homologues africains rapidement après mon élection. Mais les liens entre l’Afrique et la France dépassent le seul cadre des relations d’État à État. Environ 10% de la population française a
des origines africaines et 300 000 ressortissants français résident en Afrique. Ces liens humains sont un atout pour la France. C’est pourquoi je veux approfondir nos relations au niveau des acteurs de la société civile et des acteurs économiques. C’est vital pour aussi en terminer avec certains réseaux de connivence qui n’ont plus lieu d’être.

Si vous deviez résumer la future politique africaine de la France, relativement absente des débats lors de la campagne, sur quels principes s’appuierait-elle ?

Je veux écrire une nouvelle page dans notre relation avec l’Afrique et pour cela conduire un véritable aggiornamento de notre politique en direction du continent, pour répondre à sa vitalité et contribuer à libérer son potentiel.
Je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes encore trop présentes C’est pourquoi, je lancerai une initiative ambitieuse entre la France, l’Europe, le sud de la Méditerranée et l’Afrique, les routes de la liberté et de la responsabilité, pour renforcer nos intérêts mutuels,
dans tous les domaines – sécurité, climat, commerce, emploi, innovation.

Dans le cadre de ce partenariat pour l’avenir, j’apporterai plusieurs inflexions à notre politique africaine.
Tout d’abord, je tiens à agir dans la transparence, loin des réseaux de connivence franco-africains et des influences affairistes dont on a vu que, malheureusement, ils subsistent encore dans le système politique français, en particulier à droite et à l’extrême-droite.

Dans cet esprit, je veux m’appuyer sur les forces vives africaines et françaises : les intellectuels, les ONG, les entreprises françaises et africaines, la diaspora française en Afrique et africaine en France. Je veux aussi que la France accorde plus d’attention et de place à la jeunesse africaine, qui est dynamique et créative, et au développement du secteur privé. Un des grands défis pour nous tous, c’est de créer en Afrique des emplois pour la jeunesse africaine. Il faudra pour cela que chacun prenne sa part, l’aide internationale, les gouvernements
nationaux et les investisseurs privés, nationaux et internationaux, pour financer les infrastructures productives (électricité, eau, communications) et les entreprises, notamment les PME.

Enfin, je veux encourager la francophonie, qui est un atout pour la France dans la mondialisation, et qui sera très africaine, puisque 75% des francophones dans le monde seront africains d’ici à 2040. Nous devons développer ensemble un espace économique et un fonds d’investissement francophones.

Dernier point : je suis conscient des soupçons d’ingérence que notre présence militaire peut susciter. Je veux souligner que ces forces jouent un rôle essentiel aujourd’hui dans la lutte contre le terrorisme et la prévention de crises, pour notre bénéfice collectif. Je souhaite qu’elles travaillent au renforcement des capacités
sécuritaires africaines nationales et régionales.

L’aide publique doit-elle être conditionnée à des critères démocratiques ou de respect des droits de l’homme ?

Notre aide au développement n’est pas suffisante, particulièrement en Afrique. Nous devons l’augmenter pour atteindre, comme nos partenaires européens, l’engagement de 0,7% de la richesse nationale, entre 2017
et 2030, en fonction de nos marges budgétaires. Cette aide au développement renforcée devra se concentrer sur l’Afrique et l’espace francophone, pour appuyer les priorités que j’ai déjà évoquées : lutte contre le dérèglement climatique, droits des femmes, éducation et formation, infrastructures, bonne gouvernance, développement du secteur privé et de l’emploi.

L’aide humanitaire et l’aide directe à des populations en situation difficile doivent évidemment être préservées, particulièrement dans les situations de crise, mais nous devons être prêts à reconsidérer notre soutien aux gouvernements qui bafouent les droits les plus fondamentaux.

Je compte proposer un programme de renforcement des capacités des sociétés civiles dans toutes leurs composantes : fondations locales, organisations de droits de l’Homme ou de protection de l’environnement, médias, partis politiques, syndicats. Je défendrai le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique
Modification des Constitutions pour rester au pouvoir, élections tronquées, régimes autoritaires, justice partiale :

Quel doit être selon vous le rôle pour la France face à ces dérives ?

Les États africains ont adopté une Charte africaine pour la démocratie, les élections et la gouvernance, qui requiert le respect de principes démocratiques fondamentaux. Pouvons-nous nous-mêmes renier les principes que les États africains se sont eux-mêmes donnés ? A l’évidence, non. Si je suis élu, je défendrai le respect des
principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique, en lien avec l’Union Africaine et les organisations régionales qui ont un rôle majeur à jouer pour faire respecter ces principes de bonne gouvernance démocratique que les pays d’Afrique ont définis.

Je salue d’ailleurs à ce titre le rôle très important joué par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans la résolution de plusieurs conflits notamment au Burkina Faso ou plus récemment en Gambie. Je note que les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale Le Franc CFA, dont la persistance est l’objet d’un vif débat, a-t-il toujours un avenir ?

Je le crois, mais c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes. Je note qu’en général les gouvernements africains restent, avec raison, attachés aux deux espaces monétaires (Afrique centrale et
Afrique de l’Ouest) qui constituent la zone du franc CFA et qui contribuent à la stabilité économique et à l’intégration régionale. Je serai entièrement à l’écoute des souhaits de nos partenaires dans ce domaine de coopération exemplaire.

Le débat sur la laïcité est vif en France. Votre position ? Peut-elle s’accommoder de différences comportementales liées à la religion (menus spéciaux cantines, port du voile) ?

La laïcité est au cœur du pacte national français. C’est un principe de liberté qui permet, dans l’espace public et la fraternité républicaine, de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres. La laïcité est une liberté avant d’être un interdit. Elle garantit à chacun la liberté fondamentale de croire et de pratiquer la religion qu’il s’est choisie, comme la liberté fondamentale de ne pas croire. La laïcité protège aussi la République : elle garantit que la loi est commune à tous les citoyens et indépendante des dogmes.

Aujourd’hui, la confusion règne sur le sens de la laïcité et ses limites. Trop de Français confondent la laïcité et l’interdiction des manifestations religieuses – et certains font de cette confusion leur fonds de commerce. La laïcité, nous ne le répéterons jamais assez, est une liberté avant d’être un interdit.

L’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école est pleinement justifiée par l’âge des enfants ; elle doit donc être maintenue. Elle ne doit cependant pas être étendue à l’université, où les étudiants sont majeurs et responsables. Les usagers des services publics doivent voir protégée leur liberté d’exprimer leurs convictions religieuses et spirituelles, dans la limite du raisonnable comme des règles de l’ordre public et du bon fonctionnement de ces services. Dans l’espace public (rues, plages), l’expression des convictions religieuses doit bien sûr rester libre à condition de ne pas porter atteinte à l’ordre public.

Immigration concertée, immigration choisie… Quelle est votre position sur cette question sensible ?

La France doit tenir ses engagements en matière d’accueil des réfugiés, tout en se montrant, dans des conditions toujours dignes, inflexible avec les personnes qui ne remplissent pas les conditions de séjour sur notre territoire.
Je veux en France les meilleurs talents du monde entier Mais pour mieux gérer ces flux migratoires, il faut travailler en amont : contre les réseaux criminels des passeurs, dans les pays d’origine et de transit ; contre les causes des migrations, en aidant les pays d’origine des migrants à offrir à leurs habitants un avenir sur place Et je veux m’appuyer sur l’échelon européen, qui est le bon niveau pour agir fortement, en portant le corps européen de police des frontières à 5 000 agents, en renforçant la lutte contre les passeurs dans les pays de transit, et, en traitant, avec l’aide au développement européenne, les causes profondes de l’immigration. L’Europe pourra proposer aux pays africains des accords mutuellement bénéfiques, pour accompagner une politique migratoire maîtrisée et humaine.

Je veux par ailleurs attirer en France les meilleurs talents du monde entier (créateurs d’entreprises, investisseurs, chercheurs ou artistes), et développer les visas de circulation pour les professionnels (entreprises, scientifiques) qui contribuent à notre développement scientifique et économique partagé. Les institutions internationales (Conseil de sécurité, Banque mondiale, FMI) doivent-elles évoluer pour intégrer l’évolution géopolitique du monde ?

Nous continuerons de plaider pour un élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents, pour refléter les équilibres de l’ordre mondial. L’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Brésil et un pays africain ont vocation à accéder à ce statut, avec les droits et les devoirs qu’il comporte.

Je compte promouvoir, aux côtés des plus de 80 pays favorables à cette initiative, et notamment le Mexique, un encadrement de l’usage du droit de veto par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité
en cas de crimes de masse.

Enfin, il faut également poursuivre le rééquilibrage qui a été engagé à la Banque mondiale et au FMI pour assurer une meilleure représentation de tous les pays, en phase avec les évolutions économiques.

Vladimir Poutine est-il à vos yeux un concurrent, un adversaire ou un partenaire ?

La Russie a un grand peuple, une grande culture et une grande histoire. Nous avons souvent été alliés, y compris du temps de l’URSS. Mais aujourd’hui, il n’y a aucune raison de se soumettre à une quelconque domination russe, de se laisser impressionner ou de laisser les Russes agir au mépris du droit international.

Contrairement à d’autres, je suis en mesure de me faire respecter par Vladimir Poutine car je n’ai pas de dette à l’égard de la Russie.Je dirai à Vladimir Poutine de façon très directe et déterminée que je suis prêt à une relance d’un dialogue exigeant pour régler les crises dans lesquelles la Russie est impliquée (Ukraine, Syrie). Je lui dirai
aussi que je serai vigilant sur la défense de nos principes, sans hostilité mais sans concession.

Contrairement à d’autres, je suis en mesure de me faire respecter car je n’ai pas de dette à l’égard de la Russie dans cette campagne où des interférences inacceptables ont d’ailleurs eu lieu.

Si la Russie respecte ses engagements, alors nous lèverons progressivement les sanctions européennes et nous renforcerons – en lien avec l’Allemagne – le partenariat politique et économique de l’UE avec la Russie. Et Donald Trump ?

La France partage avec les États-Unis plus de deux siècles d’amitié ininterrompue. C’est au nom de cette amitié que je dirai au Président Trump avec franchise les préoccupations que nous inspirent ses annonces politiques (sur le commerce, l’environnement ou la remise en cause de l’OTAN).

Je crois à une politique multilatérale, je crois en l’avenir de l’ONU. Je l’ai dit au sujet de la Syrie.
Je dirai également au président américain ma volonté et mon engagement en faveur d’une Europe forte dans tous les domaines, y compris celui de la Défense ; une Europe qui a toujours été la meilleure alliée des États-Unis, avec qui nous coopérons sur le terrain pour faire avancer nos intérêts, par exemple contre Daech en Irak et en Syrie, ou encore dans le Sahel.


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La RédactionLa Rédaction17 mai 20175min00

Journaliste au quotidien belge « Le Soir », Collette Braeckman connaît bien le Congo (autrefois Zaïre) dont elle couvre l’actualité depuis plusieurs décennies. Elle a notamment interrogé à plusieurs reprises le président Mobutu. Le 16 mai quand ce dernier quitte Kinshasa pour Gbadolité d’où il prendra la direction du Togo puis du Maroc, Collette Braeckman est à Brazzaville où elle était allée suivre les négociations sur l’Outenika. Elle va traverser le fleuve Congo à bord d’un bateau à moteur pour venir vivre les derniers moments du régime Mobutu renversé dès le lendemain par la rébellion de l’AFDL.

La journaliste belge affirme que dans les derniers moments de son régime quand la rébellion de l’AFDL avançait vers Kinshasa, le président Mobutu « ne se rendait pas compte de la gravité de la situation ».

Selon Collette Braeckman, le Maréchal Mobutu a refusé à un moment de quitter le pays. Il y a finalement été forcé. Le 16 mai, le président Mobutu quitte Kinshasa alors que les forces rebelles sont aux portes de la ville.

« A un moment donné, il ne voulait pas partir. Il était malade. Je crois qu’on l’a embarqué dans son avion avec sa voiture. Direction : Gdadolité. Il était vraiment temps de partir. L’avion est parti en dernière minute, en catastrophe. Il s’est posé à Gbadolité. A Gbadolité, il y avait des troupes qui étaient mutinées parce qu’elles n’étaient pas payées. L’avion n’a pas pu rester longtemps à Gbadolité et il est parti au Togo », relate la journaliste.

Pour éviter que les affrontements entre les rebelles de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila et l’armée zaïroise dans une capitale de plusieurs millions de personnes, le général Mahele, chef d’Etat-major de l’armée, va négocier secrètement avec la rébellion.

« Ce que Mobutu ne savait pas ce que le général Mahele avait secrètement négocié avec l’AFDL probablement sous l’égide des Américains pour éviter qu’on se batte à Kinshasa et pour éviter que la guerre n’entre dans la ville. Ce qui aurait fait beaucoup de victimes civiles. Le général Mahele a plaidé pour une entrée pacifique parce que de toute façon la situation était irréversible », renseigne Colette Braeckman.

« Il y avait un mélange de peur et de soulagement parce que l’affrontement n’avait pas eu lieu. Mais aussi de crainte et d’incertitude par rapport à l’avenir », se souvient Colette Braeckman.

Mahele traitre ?

Le général Mahele a été assassiné dans la nuit du vendredi au samedi 17 mai 1997. Une partie de l’entourage de Mobutu l’accusait d’avoir trahi le président Mobutu en négociant avec les rebelles. «Pour épargner la population civile, [le général Mahele] prit contact avec l’AFLD et se rendit [vendredi] tard le soirée dans le camp Tshatshi, où les derniers fidèles de Mobutu s’étaient retranchés.

Parmi eux, se trouvait Kongolo, le fils cadet de Mobutu, dont la cruauté légendaire lui avait valu le surnom de « Saddam Hussein ». Mahele essaya de les convaincre de renoncer au pillage mais, à leurs yeux, cet officier s’était rendu coupable de haute trahison. Dans la nuit du vendredi au samedi, il fut assassiné », écrit David Van Reybrouck dans son ouvrage « Congo, une histoire ».


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Luc-Roger Mbala BembaLuc-Roger Mbala Bemba16 mai 20174min00

Le palais du peuple connaitra une ambiance toute particulière ce mardi 16 mai à l’occasion de l’investiture du gouvernement de Bruno Tshibala.

Une semaine après la publication de son gouvernement, le premier ministre Bruno Tshibala et son équipe seront investis ce mardi au Palais du peuple de Kinshasa devant l’Assemblée Nationale. .

Le nouveau premier ministre va prononcer un discours au cours duquel il va présenter son programme d’actions durant son mandat.

Bruno Tshibala va certainement annoncer sa volonté de mobiliser les moyens nécessaires pour organiser les élections tant souhaitées par les congolais.

L’accord signé le 31 décembre dernier sous l’égide de la Conférence Episcopale du Congo (Cenco) recommande l’organisation des élections d’ici la fin de décembre 2017. Or, au moment où l’on s’achemine vers le milieu de l’année, le gouvernement n’a pas toujours réuni des fonds nécessaires destinés à la Commission Electorale nationale Indépendante (Ceni) pour l’organisation de ces élections.

En outre la Ceni n’a pas encore publié le calendrier électoral et s’attèle au processus d’enrôlement des électeurs.

Dans son intervention devant le parlement, Bruno Tshibala tentera de donner des explications claires sur les stratégies que son gouvernement compte mettre en place pour que les élections se tiennent dans les délais convenus.

Le deuxième défi à relever c’est la situation économique et sociale catastrophique marquée par la dépréciation du Franc Congolais. En sur le plan économique, la dégringolade du Franc Congolais (1$ s’échange à 1.460 FC), la hausse des prix des denrées de première nécessite sur le marché, la perte du pouvoir d’achat de la population, ne font qu’accroître la misère et la pauvreté et fait monter la tension dans des quartiers et communes de Kinshasa et d’autres villes et localités en provinces.

Enfin, le troisième défi pour le gouvernement de Bruno Tshibala, c’est de mettre fin aux violences qui touchent la province du Kasai, avec des affrontements sanglants entre les forces gouvernementales et les miliciens du chef Kamuna Nsapu tués en juillet 2016 par les forces armées de la République démocratique du Congo.

L’autre zone de conflit c’est le Nord Katanga où des affrontements inter ethniques entre les communautés pygmée et Bantu ont déjà fait plusieurs milliers de victimes et des déplacés; sans oublié l’activisme des groupe armés dans le Kivu. Autant de défis que ce gouvernement devra relever dans un temps réduit.

Enfin l’équipe de Bruno Tshibala devra également s’investir pour mettre fin aux attaques des groupes armées dans le Nord Kivu et le Sud Kivu

En tout état de cause, l’équipe actuelle ne dispose pas de larges marges de manœuvres pour relever ces défis dans un temps aussi court.

Car mobiliser les moyens financiers nécessaires pour organiser les élections en décembre prochain relèverait du vrai miracle.

L’on saura peut-être à l’issue de son discours quelles sont les stratégies que Tshibala et son groupe mettra en place pour relever ces défis.


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Claudia MuleyaClaudia Muleya15 mai 20177min00

« Ils étaient très jeunes, sales, affamés, croulant sous le poids de leurs armes; sans réfléchir, nous leur avons offert boissons et nourriture », se souvient Chantal Kikalulu. Ce 17 mai 1997, fatiguée par trop de dictature, Kinshasa s’offre sans combat aux forces de Laurent-Désiré Kabila.

Partis de l’Est en octobre 1996, soutenus et armés par le Rwanda et l’Ouganda, Laurent-Désiré Kabila et son Alliance des Forces démocratiques de libération du Congo (AFDL) vont se rendre maîtres en moins de sept mois de ce qui s’appelait alors le Zaïre, immense pays usé par près de 32 ans de règne du maréchal Mobutu.
Kabila bénéficie d’un contexte régional et international particulièrement favorable. En plus du Rwanda et de l’Ouganda, il est soutenu par une coalition – incluant aussi l’Angola et le Burundi – bien décidée à chasser Mobutu au moment où celui-ci est lâché par les Occidentaux qui l’avaient soutenu depuis sa prise du pouvoir en 1965, jusqu’à l’éclatement de l’Union soviétique.
« Dès l’aube du 17 mai 1997, des Kinois enthousiastes accouraient vers nous avec du pain, des sachets d’eau, voire des seaux d’eau pour nous laver », se rappelle Cédric Kabeya, alias Zimbabwe, fantassin ayant participé à cette épopée l’année de ses 16 ans.
Pendant la conquête, les troupes de l’AFDL, qui avait recruté à tour des bras des enfants et des adolescents, semblent avoir été précédées d’une réputation de discipline contrastant avec les Forces armées zaïroises (FAZ).

« Nous nous accrochions plus avec des mercenaires blancs qu’avec des militaires ex-FAZ », raconte Zimbabwe, devenu électricien après sa démobilisation, en 1999.
« La majorité des villes tombaient entre nos mains sans résistance de la part des hommes de Mobutu démoralisés et vomis par la population », se rappelle le général-major Jean-Claude Kifwa, aujourd’hui commandant de la deuxième zone de défense.

La population collaborait d’autant plus facilement qu’elle en avait « marre de se faire humilier, piller et gratuitement tuer par les ex-FAZ indisciplinés », dit cet ancien commandant de la garde rapprochée de Laurent-Désiré Kabila. Au plus haut niveau des FAZ aussi on en avait assez du mobutisme, ajoute-t-il, et la rébellion disposait d' »informations stratégiques » qui lui parvenaient du sein même de l’état-major.

– Libérateurs –

Selon un ancien officier supérieur des FAZ, les derniers « véritables accrochages avec l’ennemi » ont eu lieu à Kenge, à plus de 200 km à l’est de Kinshasa. Cette ville tombée, « la défense de Kinshasa n’avait plus de raison d’être, sauf à vouloir un bain de sang » dans une mégapole, qui compte déjà plusieurs millions d’habitants.

Le 16 mai, l’AFDL est aux portes de Kinshasa. Mobutu fuit vers son repaire de Gbadolite, à la frontière avec la Centrafrique. Le général Donatien Mahele Lieko, chef d’état-major, décide de livrer la ville sans combattre. Il est assassiné dans la nuit par des hommes de la Division spéciale présidentielle (DSP), le dernier carré des fidèles du « Léopard ».

Mais l’Histoire est déjà écrite. Le 17, les troupes de l’AFDL et de nombreux militaires rwandais entrent dans Kinshasa. La population en liesse les accueille aux cris de « Libérateurs ! » et « Kabila nous t’attendons ! » Le « Mzee » est alors à Lubumbashi, dans le Sud-Est, où il se proclame président de la République démocratique du Congo. Il arrivera le 20.

La mise au pas de l’opposition, la présence encombrante des soldats ougandais et rwandais et la dérive rapide du pouvoir vers l’autoritarisme font vite oublier aux Kinois leur enthousiasme.

– ‘Désillusion totale’ –

« C’était la désillusion la plus totale », regrette Adolphe Muzito, ancien Premier ministre de Kabila fils, « le peuple s’est vite rendu compte que Laurent-Désiré Kabila avait était porté au pouvoir par des chars rwandais et qu’il était temps de le libérer de [ces] étrangers dont le rôle prépondérant apparaissait clairement ».

« Ceux qui nous avaient accueillis comme des princes sont subitement devenus hostiles, nous taxant de Rwandais« , témoigne Zimbabwe.

« [On nous a accusé] de nous comporter comme dans un pays conquis », raconte Armel Matabaro, ex-kadogo sans-emploi, comprenant le changement d’attitude de la population : « Nos commandants rwandais ont commencé à piller les biens des [mobutistes], ils maltraitaient de paisibles passants sans raison valable exactement comme les militaires de Mobutu ».

Fin juillet 1998, Kabila renvoie les militaires rwandais et ougandais. Quelques jours plus tard, le Rwanda envahit la RDC. La deuxième guerre du Congo vient de commencer. Elle durera cinq ans. Au total, des centaines de milliers de personnes ont péri dans la violence au Zaïre puis en RDC entre 1996 et 2003.
Kabila est assassiné par un kadogo en janvier 2001. Son fils Joseph, 29 ans, lui succède. Élu président en 2006, lors des premières élections libres du pays depuis son indépendance en 1960, M. Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter, reste à la tête du pays alors que son mandat est échu depuis décembre.
KINSHASATIMES.CD/ Africatime


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Jeannot ShejiJeannot Sheji7 mai 20175min00

Le Président national de l’UDA Originelle, parti politique membre de la Dynamique de l’opposition et du Rassemblement des forces acquises au changement, Claudel André Lubaya, analyse l’assaut diplomatique lancé par l’exécutif congolais sur le continent africain et décèle dans cet assaut, l’essoufflement total du pouvoir de Joseph Kabila qui annonce la chute très prochaine du Régime de Kinshasa.

La première semaine du mois de mai a été marquée par une tournée dans la Région des Grands-Lacs du ministre des affaires étrangères congolais, Léonard She Okitundu, pour solliciter le soutien des États voisins de la RDC à l’exécutif dirigé par le Président Joseph Kabila, dans sa lutte contre l’ « ingérence » occidentale dans le bras de fer qui l’oppose au Rassemblement des forces acquises au changement, principale coalition de l’opposition congolaise. Il a rencontré tour à tour, le Président Burundais, Pierre Nkurunziza, le Président Rwandais, Paul Kagame et le Président Ougandais, Yoweri Museveni.

Cette énième tournée diplomatique du pouvoir de Kinshasa après celle de Joseph Kabila qui s’est rendu en personne, chez Abdel Fatah Al-Sisi, en Égypte, au Gabon chez Ali Bongo, en avril dernier, trahi l’essoufflement du pouvoir de Kinshasa selon Claudel André Lubaya.

« Essoufflés, ils font le tour de certaines capitales africaines, sanctuaires de la tyrannie et références en matière de répression, pour solliciter le soutien ! S’exclame-t-il, en quel domaine ? », S’interroge le député national qui considère que « Kigali, Bata (ville portuaire de la Guinée équatoriale), Bujomumbura, le Caire, Ndjaména et Libreville n’ont rien de positif à nous (congolais) apprendre. C’est dans ces villes que règnent des pouvoirs corrompus, usés et rejetés par leurs peuples ».

En s’engageant sur cette voie, Claudel Lubaya trouve que le pouvoir de Joseph Kabila refuse de se rendre à l’évidence. Son mandat est fini et Joseph Kabila a violé l’accord du 31 décembre sur lequel reposait sa légitimité il ne lui reste plus qu’à quitter le pouvoir selon l’ancien Gouverneur du Kasaï occidental.

« Ils ont violé la constitution. Ils ont violé l’accord du 31 décembre 2016. Ils viennent de chiffonner l’arrangement particulier. Leur pouvoir n’a plus de base légale, il est sans assises, comme un tigre en papier », écrit-il sur son mur facebook.

Selon sa lecture du champ national et international actuels, les dirigeants congolais « sont isolés sur la scène internationale, ils ont déjà perdu, en interne, toute légitimité et tout appui objectif. Rejetés par le peuple, poursuit-il, le débauchage, le mensonge et la violence restent désormais leur seul rempart sur fond de maladresse et scandales à répétition. Violences au Kasaï, énumère-t-il, viols à l’Est, panama papers, lumumba papers et panama papers ».

En effet, en interne, le Rassemblement de l’opposition (principal interlocuteur du pouvoir dans les négociations du centre interdiocésain) dénonce le torpillage de l’accord du 31 décembre 2016 qui définit le fonctionnement des institutions de la transition en RDC, et dénie toute légitimité et légalité de président de la République, à Joseph Kabila.

En international, le Conseil de sécurité de l’ONU qui s’inscrit dans sa Résolution 2348, exige la nomination d’un premier ministre de transition accepté par tous et principalement par le Rassemblement conduit par Félix Tshisekedi. L’Union européenne pour sa part note la non application des engagements pris par le pouvoir, à travers les négociations avec l’opposition et menace de sanctionner certaines personnalités de l’actuel régime, ce 15 mai.


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La RédactionLa Rédaction3 mai 20175min00

Le 3 mai le monde entier célèbre la liberté de la presse. L’ambassadeur du Royaume-Uni en RDC, Graham Zebedee, saisit l’occasion pour plancher sur le rôle et avantages des médias libres. Ci-dessous l’intégralité de la réflexion du diplomate britannique 

Aujourd’hui, c’est la Journée mondiale de la liberté de la presse.  C’est un bon jour pour réfléchir sur les avantages d’avoir des médias libres.  Mais pour commencer, soyons honnêtes.  Une presse libre met tout le monde un peu mal à l’aise.  Personne n’aime être critiqué, voir ses échecs étalés et parfois faire l’objet de moquerie, voir ses réalisations remises en question, ses motivations attaquées.  Les politiciens, fonctionnaires, hommes d’affaires, dirigeants d’églises – même les diplomates ! – font l’objet de ces critiques.

Ainsi, il y a une tentation réelle de la part des gouvernements d’utiliser leurs pouvoirs pour essayer d’empêcher les médias de publier des informations.  Et bien sûr qu’il existe quelques cas spécifiques liés à la sécurité nationale, ou pour des raisons juridiques, où toutes les nations (y compris la mienne) imposent des restrictions à la liberté de la presse.  Mais il est contre-productif et dangereux de limiter la liberté de la presse au-delà de ces cas isolés.

Premièrement, une telle restriction ne marche pas.  Grâce à une meilleure et rapide couverture Internet en RDC, et avec la baisse des prix du smartphone, les Congolais sont de plus en plus informés via les médias sociaux (follow @grahamzebedee !) ou les sites Internet, qui ne peuvent pas être facilement censurés.  La vérité finira par éclater.

Deuxièmement, une telle limitation donne une mauvaise image.  Les gens se demandent ce qu’un gouvernement cherche à cacher, même s’il ne cache rien.  Les investisseurs potentiels s’inquiètent du climat des affaires dans ce pays.

Troisièmement, elle empêche l’administration du gouvernement de s’améliorer.  L’inefficacité, les mauvaises prises de décisions et la corruption arrivent à tous les gouvernements.  L’exposition de ces faits par les médias offre à tout le monde l’occasion d’améliorer ses systèmes pour minimiser les risques de répétition. Souvent les problèmes et les erreurs se répètent s’ils n’ont pas été critiqués ou publiés.

Quatrièmement, les gens ont le droit de savoir beaucoup de choses sur le fonctionnement d’un gouvernement.  Pas tous les détails, bien sûr.  Mais plus ils savent, plus ils peuvent jouer un rôle actif dans la société et l’économie.

Donc, dans l’ensemble, les pays qui ont une presse plus libre ont tendance à avoir des gouvernements plus efficaces, à être plus attrayants pour les investisseurs, et leurs citoyens sont mieux informés.

Cependant, tous les pays ne permettraient pas à un ambassadeur de publier ses points de vue dans un journal, comme je le fais aujourd’hui.  Ceci nous donne un indice de la liberté de la presse en RDC.  En cette matière, la RDC et le Royaume-Uni ont reculé de deux places dans le classement au cours des douze derniers mois, le Royaume-Uni étant actuellement 40e et la RDC 154e.  La RDC s’est engagée à prendre un certain nombre de mesures pour améliorer la liberté de la presse.  Tout d’abord, la pleine mise en œuvre des éléments sur la liberté des médias libres contenus dans l’accord du 31décembre ; deuxièmement, l’adoption des lois sur la dépénalisation des délits de presse ; troisièmement, l’adoption de la loi sur l’accès à l’information.   La mise en œuvre de ces mesures très concrètes aiderait les journalistes congolais à apporter la lumière dans le cœur de la vie publique – et en fin de compte une telle mise en œuvre bénéficierait à tout le monde.


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Jeannot ShejiJeannot Sheji30 avril 20178min00

En République démocratique du Congo, le mois d’avril part en laissant derrière lui une série d’échecs. Echecs de la signature de l’arrangement particulier et de la nomination d’un premier ministre selon l’esprit et la lettre de l’accord de la Saint-Sylvestre ; échec de l’opposition du Rassemblement de retrouver son unité pour mieux faire face au régime en place qui cherche de tactique pour se maintenir au pouvoir ; échec du rapatriement et de l’enterrement de la dépouille du leader de l’opposition, Etienne Tshisekedi.

Le souhait de voir la classe politique congolaise transformer ces échecs en réussite va se heurter à un chapelet de « mais » et de « si » tout au long de ce mois de mai. La formule proposée par tel camp pour trouver la solution à telle équation est en effet pour l’autre camp, une inconnue qui compromet la résolution de la même équation.

Enterrement d’Etienne Tshisekedi

Les familles biologique et politique de Feu Etienne Tshisekedi ont levé l’option : la dépouille du sphinx de Limete sera rapatriée à Kinshasa ce 12 mai pour être enterrée au siège de son parti politique, l’UDPS, dans la commune de Limete dont le renom se confond à celui de son ancien habitant qui l’a vendue au monde. Et cela, avec ou sans l’accord du gouvernement provincial. Le statut d’ancien haut fonctionnaire de l’Etat congolais, lié à Etienne Tshisekedi, oblige au pouvoir de Joseph Kabila de prendre en charge ses obsèques. Mais il y a un « mais ».

Nous le savons, la décision d’enterrer Etienne Tshisekedi dans un milieu résidentiel s’oppose à celle de l’exécutif congolais qui exige que celui-ci soit enterré dans un cimetière, « lieu de sépulture prévudans les textes congolais ».Est-ce que l’un de 2 fils politiques du lider maximo, le Premier ministre sortant, Samy Badibanga, ou Bruno Tshibala, premier Ministre entrant,pourra disponibiliser le palais du peuple pour la veillée mortuaire ? Ou il se verra obliger d’ordonner la fermeture des portes du « temple de la démocratie » pour qu’Etienne Tshisekedi, l’acteur politique national à l’ampleur internationale, soit pleuré dans une résidence privée à Limeté comme un chef de quartier ?

Si finalement le pouvoir décided’accompagner l’UDPS dans sa décision en déclinant son implication dans ces obsèques, pour réduire leur mpact populaire, dans un contexte où la rue est brandit quotidiennement par son camp comme arme d’obtention de l’application intégrale de l’accord du 31 décembre 2016, va-t-il sécuriser ces obsèques ? Si le pouvoir résout d’envoyer les éléments de la police sécuriser les obsèques d’Etienne Tshisekedi, à qui il priverait le luxe d’être enterré comme il a vécu, quel accueil les militants de l’UDPS réserveront-ils à un tel cortège ? Le leader charismatique sera-t-il ignominieusement enterré en emportant avec lui d’autres âmes dans l’au-delà ? Autant de questions auxquelles le mois de mais devra répondre.

L’ONU et le chapitre VII de sa charte

L’ONU a inséré sa résolution 2277 dans le chapitre vii de sa charte,pour obtenir l’ « Accord global et inclusif du centre interdiocésain » le 31 décembre. A l’apparition à l’horizonde l’échec de la mise en œuvre de cet accord, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est, une fois de plus appuyée sur le même chapitre vii de l’Organisation des Nations Unies et a voté la Résolution 2348 pour contraindre les parties prenantes à se soumettre à leurs propres écrits. Mais le pouvoir en place a préféré débauché des acteurs politiques au sein de son principal interlocuteur dans le dialogue au Centre interdiocésain, le Rassemblement de l’opposition, pour finaliser ces discussions en signant l’arrangement particulier au palais du peuple.

Le Rassemblement de l’opposition conduit par Félix Tshisekedi qualifie cette signature de l’arrangement particulier, tantôt d’une farce, d’un élargissement de la Majorité présidentielle ou que sais-je encore ! La Monusco appelle à l’inclusivité de cette signature de l’arrangement particulier mais la Majorité considère que le chapitre est complètement parcouru.

Si les violons ne s’accordent pas, le Conseil de sécurité va finalement recourir à des moyens coercitifs pour faire respecter le chapitre vii de sa charte ou va-t-il encore voter une énième résolution pour demander aux acteurs politiques congolais qui ne s’entendent pas, de s’entendre ? C’est mai qui a la réponse à ce questionnement.

Rassemblement ou dispersion de l’opposition ?

L’opposition qui a donné des insomnies à Joseph Kabila et compagnies en se rassemblant au sein du « Rassemblement de l’opposition » à Genval, a connu une fissure au mois de mars, déclenchée par la restructuration de la direction de la plus importante plateforme de l’opposition. La cause réelle de cette division s’il faut le dire, c’est la guerre de positionnement des acteurs politiques de cette coalition politique qui n’ont pas pu résister à l’appât, la primature et les postes ministériels, leur lancé par la Majorité présidentielle.

Depuis quelques jours,il se raconte que quelques noms des têtes d’affiche de l’aile dissidente du Rassemblement conduit par le Premier ministre Bruno Tshibala, seraient indésirables dans le prochain gouvernement par le Président de la République, Joseph Kabila. Si à la publication du gouvernement,la rumeur se transforme en information, ces « indésirables » témoigneront leur fidélité à leur guide, Bruno Tshibala, porteur de l’ « idéologie tshisekediste » ?Ou ils iront créé un autre « Rassemblement de tshisekedistes durs et purs » ? Le moi de mai cache encore beaucoup de réponses.

Etienne Tshisekedi sera peut être rapatrié à Kinshasa le 12 mai comme promis mais…La Monusco exige l’inclusivité de l’arrangement particulier signé au palais du peuple sans le Rassemblement dirigé par Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi, reconnu comme interlocuteur valable dans les négociations par le médiateur, la CENCO. Si rien de tel n’arrive, est ce que…Le Rassemblement d’ « héritiers de l’idéologie de Tshisekedi » a la primature en poche. Si les noms de certains cadres ne figurent pas dans le prochain gouvernement, naitra-t-il encore une autre aile du Rassemblement de plus tshisekedistes ?


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La RédactionLa Rédaction7 avril 20177min00

Le 07 avril le monde célèbre la journée de la Santé. A cette occasion l’ambassadeur britannique en RDC, Grahim Zebedee a indiqué que son pays continue à appuyer la lutte contre les maladies d’épidémies et de malnutrition en soutenant les pays touchés par ces maladies, dans la mise en œuvre des systèmes sanitaires plus résilients.

Voici l’intégralité de sa réflexion.

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé, nous pouvons réfléchir sur les progrès qui ont été réalisés face aux grandes menaces sanitaires, et pour nous protéger des maladies meurtrières.

Mais il s’agit aussi de prendre acte des grands défis sanitaires qui restent, et de nous rappeler qu’il est dans l’intérêt du monde entier d’avoir les meilleurs systèmes de sécurité sanitaire en place pour nous permettre d’être épargnés de maladies, d’épidémies et de malnutrition. Nous devrions travailler pour améliorer ces systèmes et nous assurer qu’ils fonctionnent de façon efficace pour ceux qui en ont le plus besoin.

D’énormes progrès ont été accomplis pour parvenir à un monde plus sanitaire, et le Royaume-Uni est fier d’avoir joué un rôle de leadership dans la réalisation de ces progrès:

• Sur le plan mondial, le nombre de cas de poliomyélite a été réduit de 350.000 en 1988 à seulement quatre cas en 2017. En RDC, aucun cas n’a été enregistré depuis 2012. Ceci signifie que la fin de la transmission de cette maladie dans le monde entier est une possibilité réelle.

• L’année passée, les décès dus au paludisme ont été réduits de moitié dans six pays en forte prévalence, y compris la RDC où la morbidité et la mortalité liées au paludisme ont diminué de 40% entre 2011 et 2015. Le Royaume-Uni a contribué à sauver la vie de 103.000 femmes enceintes ou en accouchement; nous avons aidé à vacciner plus de 67 millions de personnes contre des maladies évitables, et nous avons aidé plus de 64 millions de personnes à accéder à l’eau potable et l’assainissement ou à des conditions d’hygiène améliorées.

Malgré ces progrès, notre monde continue à être confronté à de grands défis y compris le changement climatique, la pauvreté généralisée, les conflits et la menace d’infections. L’épidémie d’Ebola en 2014 nous a montré que le monde n’est pas à l’abri des maladies meurtrières, et que des menaces sanitaires peuvent vite devenir des crises à grande échelle.

L’Organisation mondiale de la santé (l’OMS) a un rôle essentiel à jouer dans la réponse à ces défis. Mais elle a urgemment besoin de se moderniser, d’entreprendre des mesures de réforme et d’augmenter son efficacité organisationnelle.

Il existe maintenant une réelle opportunité de voir s’opérer un changement positif, avec l’élection d’un nouveau Directeur général de l’OMS, qui aura bientôt lieu. A la fin du mois de mai, les ministres de la santé de 194 pays vont élire la personne qui – au premier jour du mois de juillet – remplacera le Dr Margaret Chan comme prochain Directeur-général de l’OMS.

Ce poste a pour objectif d’assurer la santé et le bien-être de milliards de personnes, et requiert pour cela une personne bien préparée à répondre à ce défi. C’est pour cela que le Royaume-Uni a apporté son plein soutien au Dr David Nabarro, l’un des trois candidats retenus pour briguer le poste:

• Dr Nabarro jouit d’une expérience inégalée. Il a passé plus de 40 ans dans le secteur de la santé publique internationale en qualité de médecin, enseignant, fonctionnaire international et diplomate, et il a à plusieurs reprises réussi à gérer et relever des défis complexes au plan mondial.

• Il a œuvré aux avant-postes dans plus de 50 pays, y compris plusieurs en Afrique. Il a également passé 15 ans de familiarisation avec les subtilités des systèmes de l’ONU et de santé mondiale, travaillant sur le virus Ebola, la grippe aviaire, le choléra et la nutrition.

La vaste expérience de David le rend exceptionnellement qualifié pour assurer que l’OMS est capable de faire face aux défis de la décennie à venir. Il est le bon candidat au bon moment.

La santé doit être une priorité majeure dans l‘agenda internationale. Le Royaume-Uni va continuer à mener des efforts visant à lutter contre ces maladies qui compromettent les vies de milliards de personnes à travers le monde, tout en soutenant des pays dans la mise en œuvre des systèmes sanitaires plus résilients, tel que nous le faisons en RDC à travers notre aide bilatérale et multilatérale. De plus, nous allons continuer à militer pour l’amélioration des organisations internationales, afin qu’elles puissent dans la mesure du possible nous protéger des menaces sanitaires.

Le monde ne mérite pas moins.

Graham Zebedee
Ambassadeur britannique en RDC


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4 avril 20177min00

À Kinshasa et dans plusieurs villes de République démocratique du Congo, de nombreuses personnes sont restées chez elles hier, plutôt que d’aller au travail ou en classe. Les boutiques et les marchés sont restés fermés ou ont ouvert tardivement, et les rues étaient en général peu fréquentées.

Cette manifestation silencieuse a fait suite à un mot d’ordre de l’opposition appelant à une opération « villes mortes » afin de protester contre l’échec de la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre, un compromis incluant un partage du pouvoir conclu grâce à la médiation de l’Église catholique et qui a permis de désamorcer une situation explosive à la fin de l’année dernière. Cet accord permet au président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà de la limite de deux mandats consécutifs imposée par la constitution, limite qui a été atteinte le 19 décembre 2016, jusqu’à la tenue d’élections avant la fin de 2017.

​L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) tient une conférence de presse à Kinshasa, capitale de la RD Congo, le 28 mars 2017.

La Conférence épiscopale nationale du Congo, la CENCO, a annoncé le 27 mars qu’elle renonçait à son rôle de médiatrice, en raison de l’impasse dans laquelle se trouve la mise en œuvre de l’accord. La coalition majoritaire au pouvoir a refusé d’accepter le choix de l’opposition de proposer Félix Tshisekedi comme Premier ministre, insistant pour que le Rassemblement, la coalition de partis d’opposition partenaire de l’accord, soumette au moins trois noms, parmi lesquels le président Kabila nommera un Premier ministre. La majorité a également rejeté la désignation par le Rassemblement de Pierre Lumbi pour succéder à Étienne Tshisekedi, récemment décédé, comme président du Conseil des Sages du Rassemblement, ce qui devrait automatiquement faire de lui le président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA).

En annonçant qu’ils se retiraient, les évêques catholiques ont appelé Kabila à prendre ses responsabilités et à s’engager personnellement pour assurer une mise en application rapide de l’accord. Ils ont également appelé la communauté internationale à y apporter un appui plus vigoureux, et le peuple congolais à rester « vigilant. »

Le lendemain, 28 mars, la tension était vive à Kinshasa et dans plusieurs autres villes, où des groupes de manifestants se sont répandus dans les rues, incendiant des pneus ou scandant des slogans contre le gouvernement Kabila, en signe de protestation contre l’échec de l’accord et pour appeler Kabila à abandonner le pouvoir.

À la fin de la journée, Jean-Marc Kabund, secrétaire général du principal parti d’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), a déclaré devant une foule importante rassemblée à Kinshasa que le pays était « dans l’impasse » et a appelé à « des actions de résistance pacifique », notamment à une manifestation nationale le 10 avril pour protester contre l’échec dans la mise en œuvre de l’accord. Après que des manifestants eurent appelé à une action plus immédiate, la police est arrivée et a tiré des cartouches de gaz lacrymogène pour disperser la foule.

Le 29 mars, le Rassemblement, auquel appartient l’UDPS, a publié une déclaration dans laquelle il considère que l’accord est « rompu. » Il a exhorté tous les Congolais à respecter l’opération ville morte d’hier, à soutenir un mouvement de « grève générale » le 5 avril et à participer aux défilés du 10 avril, ainsi qu’à des manifestations ultérieures afin d’exiger la mise en application de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Kabila aurait affirmé aux évêques, lors d’une rencontre le 28 mars, qu’il s’impliquerait personnellement dans la recherche d’une solution à cette impasse politique. La présidence a annoncé que Kabila rencontrerait les partis concernés cette semaine, mais le Rassemblement a d’ores et déjà déclaré qu’il n’y participerait pas. Kabila devrait s’adresser au parlement dans les jours qui viennent.

Ces manœuvres politiques se sont déroulées dans un contexte d’indignation publique croissante concernant les violences commises dans la région du Kasaï, dans le centre de la RD Congo, où le bilan des victimes ne cesse d’augmenter. La mort toujours inexpliquée de deux experts de l’ONU, Michael Sharp et Zaida Catalán, dont les corps ont été découverts la semaine dernière, la disparition jusqu’à ce jour de leurs quatre collègues congolais, et de nouvelles informations selon lesquelles des militaires auraient exécuté sommairement des jeunes en effectuant des opérations de recherche au porte-à-porte dans la ville de Kananga, soulignent la nécessité d’une enquête internationale et indépendante sur les violences commises dans cette région.

Les partenaires internationaux de la RD Congo devraient agir vigoureusement – y compris par de nouvelles sanctions ciblées de la part de l’ONU, de l’Union européenne et des États-Unis – et accroître la pression sur Kabila et son gouvernement. De nombreux Congolais sont en train de perdre tout espoir que l’Accord de la Saint-Sylvestre puisse être sauvegardé et qu’une transition démocratique pacifique puisse avoir lieu.


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29 mars 20178min00

Pourquoi Pierre Lumbi, Président du Conseil des sages du Rassemblement fait-il autant peur à la Majorité présidentielle ? Tout simplement parce qu’il a eu le courage, en son temps, de dire la vérité au chef de l’Etat au moment où tous les autres courtisans se distinguaient par l’hypocrisie, attitude proche de la félonie. Ayant pris ses libertés pour n’avoir pas été entendu, Pierre Lumbi ne peut, aujourd’hui, être considéré comme l’ennemi de la République, encore moins comme l’ennemi de Joseph Kabila.

En tout cas, hier lundi au Kempmski Fleuve Congo Hôtel, les ténors de la MP ont étalé toute leur haine vis-à- vis de Pierre Lumbi. Ils ont craché le morceau qui les coinçait dans la gorge. Acculés par la presse devant leur intransigeance à boucler le dossier de la présidence du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA), poste pourtant réservé, selon l’accord du 31 décembre au président du Conseil des sages du Rassemblement, les caciques de la MP ne pouvaient plus se voiler la face.

La révélation faite au cours de l’échange avec la presse permet aujourd’hui de comprendre pourquoi la MP s’est opposée à toute forme de compromis lorsqu’il s’est agi de pouvoir au poste de président du CNSA. Sa peur, ce n’est pas parce que le poste revient de droit au président du Conseil des sages du Rassemblement, c’est plutôt la personne de Pierre Lumbi. Très redouté désormais par ses anciens camarades, le président du G7 – ce groupe de sept partis politiques qui ont quitté la barque MP au temps opportun, est devenu le mal aimé du pouvoir en place.

Lundi au Kempinski Fleuve Congo Hôtel, Ramazani Shadary, virulent membre de la MP, a rompu le silence. Il a urbi et orbi révélé les raisons pour lesquelles la MP déteste la présence de Pierre Lumbi au président du CNSA. Il assimile cette désignation à une «prime à la traitrise ». Par rapport à quoi ? Seule la MP en détient le secret.

Il faut dire que, par son dynamisme et sa perspicacité Pierre Lumbi n’a pas tardé à avoir du vent en poupe lorsqu’il a basculé dans l’opposition. Ce positionnement rend la MP malade et lui fait monter la moutarde au nez. De l’antipathie la MP est passée à la répugnance.

A telle enseigne que Pierre Lumbi passe pour un ennemi du pouvoir au lieu d’être considéré comme un adversaire politique dans contexte réputé démocratique.

Que redoute la MP? Réponse, le parcours de Pierre Lumbi. Au cours de son cheminement, celui-ci a fait preuve d’une loyauté et d’une sincérité que nul ne peut lui contester. C’est avec le défunt Samba Kaputo, grand stratège de la MP, qu’ils ont monté le MSR (Mouvement social pour le renouveau), deuxième force politique de la MP au terme des élections de 2006. Bien auparavant, Pierre Lumbi avait toujours incarné des valeurs qui ont justifié – à juste titre d’ailleurs – son ascension dans l’échiquier politique. Alors, dire aujourd’hui qu’il a trahi, comme le prétendent les ténors de la MP, c’est mal connaître l’homme et méconnaître en même temps son parcours d’homme d’Etat, assorti de valeurs nobles de la démocratie.

MP, TERROIR DE GRANDS TRAITRES

Conseiller spécial du chef de l’Etat, Pierre Lumbi était lié à Joseph Kabila par le sermon de lui dire la vérité, rien que la vérité. Est-ce cela qui peut être transformé en trahison ? Pas du tout. Il l’a fait, à l’époque, par devoir mais aussi pour se conformer à son statut de conseiller du chef de l’Etat en matière de sécurité. Son rapport au chef était une façon à l’alerter sur les pensées profondes de la population, sans chantage ni flagornerie.

En réalité, les ténors de la MP ceux qui continuent à entêter le chef de l’Etat à ramer à contre-courant de la volonté du peuple – sont les premiers qui le trahissent. Ils ont peur de dire la vérité au chef de l’Etat. Ils font semblant de jouer à la salsa, alors que le navire, à l’instar du Titanic, coule. Accrochés à leurs intérêts acquis, ils ne voient pas l’iceberg qui se dresse sur le chemin du pouvoir exercé désormais par défi. Ils sont presque hypnotisés par un pouvoir dont ils perdent chaque jour les manettes.

A l’époque, Pierre Lumbi a eu le courage de prévenir sa hiérarchie. Il a été fidèle au sermon- la vérité rien que la vérité – qui le liait au chef de l’Etat. Certes, il n’a pas été entendu. Mais, l’histoire retiendra son courage et son sens d’honneur dont nul ne peut se targuer aujourd’hui dans les rangs de la MP. Ils sont tous corrompus – jusqu’à la moelle épinière. Ils sont tous aveuglés. Et c’est dans ce précipice qu’ils veulent entraîner leur autorité morale, en le couvrant de chimères. Alors que sur le terrain, la situation vire au pire.

A l’époque, Pierre Lumbi avait son devoir, à savoir, faire état des signaux que renvoyaient la rue. Et aujourd’hui, c’est cette même rue qui gronde, au moment où la MP prend ses vessies pour des lanternes et fait croire au chef de l’Etat d’avoir le contrôle de la situation. Coordonnateur du G7 et Président du Conseil des sages du Rassemblement, Pierre Lumbi reste fidèle au chemin de la liberté qu’il a choisi. Il s’accroche aux valeurs de la République qu’il a juré de défendre jusqu’au bout. Avec le chef de l’Etat, il n’a jamais été un félon, n’en déplaisent à ceux qui prétendent le contraire. Le navire tangue.

La rue gronde et grinces les dents au moment où la MP cherche à présenter au chef de l’Etat le contraire.
Objectif : le couper de la réalité. Tôt ou tard, la vérité finira par éclater au grand jour. Et ce jour n’est plus loin. Lorsque viendra le moment du sauve¬ qui-peut ou du reniement, l’on saura qui a trahi le chef et qui lui a été fidèle. Nombreux garnissent encore les rangs de la MP- par simple hypocrisie.