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L’autre face de Jean-Pierre Bemba

5 septembre 20186min0

Jean-Pierre Bemba est né sur la scène politique congolaise comme un chef de guerre à la tête du Mouvement de libération du Congo grâce auquel il prendra activement part au dialogue inter-congolais. L’accord global et inclusif qui en découle, le désigne comme deuxième personnalité de la RDC après Joseph Kabila dans le gouvernement de 1+4. Ses miliciens sont convertis en militaires au sein de l’armée congolaise.

De 2003 à 2006, il est donc un civile qui n’a pas quitté sa « zone de confort militaire », exerçant de l’influence sur une bonne partie de l’armée congolaise et toujours protégé par sa garde rapprochée composée de quelques centaines de militaires.

Lorsqu’à l’issue du deuxième tour des élections présidentielles de 2006, Joseph Kabila consacré seul homme fort de la RDC par les urnes tente de retirer à l’ancien vice-président sa garde rapprochée, la tentative tourne en un bain de sang, jusqu’à ce que Jean-Pierre Bemba quitte la RDC pour s’exiler au Portugal avant de se retrouver plus tard à la Cour pénale internationale. Il est donc venu  à Kinshasa en 1998 et réparti en 2007 comme chef de guerre qui combat les pouvoirs  » illégitimes « . Le voir mener une carrière politique tout en étant dépouillé des pouvoirs politiques et militaire, suscitait bien la curiosité.

A l’annonce de son retour, plusieurs congolais ont cru accueillir un ancien chef de guerre qui allait s’opposer à Joseph Kabila par la force de la loi et la loi de la force. Dans l’un de nos articles, nous avons aussi mis en avant ce statut d’ancien chef de guerre qui aurait poussé l’ancien diplomate américain Herman Cohen de soutenir dans sa lettre adressée à la CPI que JP Bemba était le seul contrepoids valable à Joseph Kabila.

Dès son arrivée à Kinshasa, c’est sous silence qu’il a laissé passer certains crocs que les autorités congolaises ont mis entre ses jambes pour l’empêcher d’arriver au palais présidentiel.

Lui qui voulait bien atterrir en RDC par Gemena dans l’ancienne province de l’Equateur pour se rendre sur la tombe de son père biologique qu’il n’avait jamais vue, s’est vu refuser un tel « retour symbolique ». Il atterrira d’abord dans la capitale congolaise avant de s’envoler pour l’Equateur comme l’a voulu Kinshasa. Arrivé à Kinshasa, il est interdit de s’installer dans sa résidence de la commune de la Gombe, parce qu’étant un « périmètre présidentiel ». Le  » Mwana Congo «  refuse d’être logé dans l’hôtel lui proposé, sans « tonner » publiquement sur les autorités en place.

Quand il inhale des gaz lacrymogènes sur son chemin retour après avoir déposé sa candidature à la Commission électorale nationale indépendante, c’est en « victime » qu’il s’adresse à l’opinion congolaise et internationale.

Le 24 août, la CENI déclare irrecevable sa candidature tant attendue par une bonne partie des congolais. l’Inspecteur du MLC Jacques Ndjoli annonce sans le dire, le boycott des élections par le MLC suite à ce rejet. « Contre l’avis de la majorité du parti », Jean-Pierre Bemba décide de rester dans la course et d’épuiser toutes les voies légales à sa disposition.

Cependant, la Cour constitutionnelle déclarera recevable la requête du président national du MLC mais la juge non fondée. Il est définitivement écarté de la course à la présidentielle. Une poignée de militants de son parti se tient prête à déclencher des contestations. L’homme temporise une fois de plus et dit saisir cette fois-ci les instances régionales comme l’Union africaine. Quand son parti promet de lancer des actions citoyennes pour obtenir un processus électoral crédible, il entend le faire en concertation avec d’autres composantes de l’opposition. Une contestation non exclusive au MLC mais collective.

Comme leader politique et non militaire, Jean-Pierre Bemba fait ses premiers pas dans la lutte contre un pouvoir sans armes. Réputé d’être violent, c’est plutôt la douceur, la bataille juridique, politique qu’il préfère livrer dans son combat… pour le moment. L’homme a-t-il totalement changé après 10 ans passées à la CPI ou il épuise seulement les voies légales pour justifier le recours à la force plus tard?

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Jeannot Sheji

Jeannot Sheji

Journaliste politique et sportif


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