BREAKING NEWS

Oly Ilunga : “La CSU est un projet de société dans lequel nous devons tous nous engager”

17 avril 201823min1

A la suite de la journée mondiale de la santé intervenue le 7 avril dernier, le ministre nationale de la santé, Dr Oly Ilunga a accordé une interview à la presse locale. Il est revenu sur les défis qui attendent la République démocratique du Congo pour parvenir à une couverture sanitaire universelle effective, processus qui ne devrait pas selon lui attendre l’allocation des moyens faramineux, mais qui par contre nécessite une volonté réelle d’agir avec les moyens disponibles présentement. KINSHASATIMES.CD était de la partie.

La RDC a célébré dernièrement la journée mondiale de la santé (JMS). Cela faisait pratiquement sept ans que cette célébration n’avait plus lieu. Qu’est-ce qui a motivé le gouvernement à s’y impliquer cette année ?

Oly Ilunga : La particularité du 7 avril de cette année c’est que c’était le 70è anniversaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’était aussi le 50è anniversaire de la déclaration d’Alma-Ata où tous les pays s’étaient engagés à offrir des soins de santé pour tous. Une autre particularité aussi, le thème international c’était la couverture sanitaire universelle (CSU) pour tous or vous savez la CSU c’est une question qui m’est très chère et c’est aussi le thème au cœur de la mission que le chef de l’Etat m’a confié, à savoir d’essayer de faire le maximum pour d’offrir aux congolais l’accès à des soins de qualité.

Vous venez d’évoquer la Couverture sanitaire universelle, de quoi s’agit-il ?

O.I : La CSU est un projet de société. Il s’agit de faire en sorte que tous les congolais aient accès à des soins de santé à un coût abordable. Leur offrir l’accès à des soins de base sans qu’ils en courent un risque financier. C’est un projet de société dans lequel nous devons tous nous engager, qui part du sommet de l’Etat et que le gouvernement doit mettre en œuvre à travers le ministère de la santé mais également le ministère de l’emploi travail et prévoyance sociale car il y a toute une dimension de prévoyance et de couverture sociale également.

On a remarqué au cours de la célébration de la JMS le lancement d’un concept nouveau, celui du  “village de la santé” c’est quoi ce concept ?

O.I : Ce concept était mis en place pour essayer de briser certaines barrières. On parle souvent des barrières financières en matière de santé, mais ce qui est le plus frappant souvent ce sont les barrières culturelles. Le village de la santé c’était pour rapprocher les populations des professionnels de la santé, essayer de faire découvrir à la population tout le travail que le ministère de la santé, et tous les acteurs de la santé font pour la promotion et l’amélioration des soins de santé de la  population. Un des éléments qui était important c’est que le fait d’avoir ce village permettait à tout le monde de côtoyer les professionnels de la santé, d’être sensibilisé aux problèmes de santé. Il y a une dimension importante aussi c’était de leur permettre d’accéder à des tests, diagnostic et dépistages gratuits. Les hôpitaux qui étaient présents ont également offert des consultations gratuites aux populations.

M. le Ministre la couverture sanitaire universelle est un processus qui requiert certains préalables. Où en est la RDC ?

O.I : En RDC aujourd’hui ce dont nous avons besoin c’est l’engagement de tous : la population, les professionnels de la santé. Le gouvernement est engagé, c’est une priorité nationale et donc aujourd’hui nous avons tout pour commencer ce voyage, ce processus de CSU. C’est un processus qui prendra beaucoup d’années parce qu’il y a énormément de défis. Il y a le défi démographique: par exemple sur les dix dernières années la population de la RDC a augmenté de plus de 20 millions d’habitants. Ça veut dire dans dix ans ont doit subvenir aux besoins d’une population qui correspond au double de la population de la Belgique ou du Portugal. Ça fait partie des défis de la CSU mais ces défis là ne doivent pas nous amener à reporter à demain ce que nous pouvons commencer aujourd’hui.

Concrètement a RDC a déjà accompli certaines choses en ce sens ?

O.I : Ce qui est important à dire c’est que le droit à la santé est inscrit dans la constitution, c’est déjà un élément énorme. L’article 53 de la constitution dit que la santé est un droit. Une autre dimension c’est que dans les progrès qui ont déjà été réalisés il faut noter qu’on a au niveau du gouvernement on a un programme qui a été initié par mes prédécesseurs, c’est le programme d’équipement des structures sanitaires. C’est un programme qui va permettre de réduire les barrières d’accessibilité géographique, c’est-à-dire on augmente la couverture en offre de soins. Une autre réalisation importante a déjà été faite en termes d’accessibilité financière, c’est le fait que la prise en charge de certaines endémies comme la tuberculose, le VIH soit tout à fait gratuite. L’accès aux moustiquaires imprégnées pour réduire le risque de paludisme est aussi gratuit. Je visite souvent la maternité de Kingasani, là les religieuses m’ont dit que depuis quelques années, la malaria chez les enfants n’est plus la première cause d’hospitalisation. Ce résultat a été obtenu grâce à la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées. Il y a aussi un autre programme du gouvernement qui est une énorme avancée dans la CSU, c’est le programme de développement sanitaire qui est surtout accès sur la santé de la mère et de l’enfant.

Une loi sur la couverture sanitaire universelle a été initiée par votre prédécesseur, où en est-on avec ?

O.I : Ce projet de loi déposé par mon prédécesseur est toujours en cours d’analyse au niveau de l’assemblée nationale. Jusqu’à présent il y a eu plusieurs échanges. Au-delà de toutes les préoccupations et priorités qu’il y a au parlement, nous continuons à finaliser l’analyse de cette loi pour qu’elle soit adoptée dans le meilleur délai.

Vous avez évoqué le programme national  de développement sanitaire de la RDC, pouvez-vous nous en dire plus par rapport à ce qui le relie au CSU ?

O.I : Le programme national de développement sanitaire c’est le plan stratégique quinquennal du ministère de la santé. L’objectif de ce plan quinquennal c’est d’arriver à la CSU d’ici 2030. Mais cette démarche doit commencer dès aujourd’hui. Nous prenons plusieurs initiatives pour la mise en œuvre de cette CSU. Cette dernière en deux mots veut surtout dire qu’on ne doit pas tout offrir à toute la population à n’importe quel prix. Je crois que c’est un message important. La CSU c’est se focaliser d’abord sur un paquet des soins de base prioritaires de qualité qu’il faut offrir à la population au coût très accessible tenant compte du pouvoir d’achat de la population pour qu’un patient n’ait pas toujours à choisit  entre manger et les soins de santé. Ça doit être à un coût abordable et accessible à tous.

«Le problème de santé c’est d’abord un problème d’esprit et de comportement», c’est l’une des phrases que vous aviez prononcé lors de la célébration de la journée de lutte contre la tuberculose, que voulez vous dire par là?

O.I : Ce qu’on oublie souvent c’est qu’on a tous un capital santé, c’est notre bien le plus précieux et pour le préserver nous avons tous notre part de responsabilité. La première dimension de notre responsabilité c’est d’avoir une vie saine en termes d’alimentation, pratiquer régulièrement l’activité physique. Une autre dimension du comportement c’est d’voir des comportements responsables. La plupart de maladies de l’enfant, le choléra sont des maladies liées à l’hygiène. La vaccination des enfants c’est aussi un comportement responsable, installer des moustiquaires à la maison… tout ces comportements peuvent aider chacun à préserver sa santé.

La CSU implique aussi les personnels soignants or nous savons tous les plaintes qui sont les leurs. Qu’est ce qui a été pensé dans le cadre de ce projet pour eux ?

O.I : Dans le domaine de la santé, moi en tant que ministre j’ai quatre grandes priorités. La première c’est la question du financement du système de santé qui est étroitement lié à la CSU ; la deuxième c’est la santé de la mère et l’enfant ; le troisième c’est la prévention et lutte contre les grandes endémies ; et le quatrième c’est la réforme des  formations sanitaires. On a un énorme problème de qualité et de nos formations sanitaires. J’ai récemment terminé avec le ministre de la fonction publique le processus  de désignation d’un nouveau directeur général de tout ce qui est organisation et structures de soin santé. Sa mission c’est de mettre en place ce qui consiste à savoir qu’un hôpital c’est une entreprise avec des moyens et outils modernes. Et comme entreprise de service les professionnels de santé doivent aussi savoir qu’ils sont là pour prodiguer des soins de santé de qualité et la qualité ce n’est jamais une question des moyens. C’est d’abord une question d’état d’esprit, de faire le maximum qu’on peut avec les moyens dont on dispose. Avec ce dont nous disposons aujourd’hui, si nous améliorons la gestion, on change l’état d’esprit nous serons à même d’offrir des soins de qualité à l’ensemble de la population.

Combien coûte la couverture sanitaire universelle à la République démocratique du Congo ?

O.I : Le coût de la CSU est toujours dynamique. En 2030 avec une population qui sera peut être au-delà de 150 millions d’habitants, le coût de la CSU, ne sera pas celui d’aujourd’hui. Ce n’est pas forcément question de budget mais il s’agit de se dire qu’avec le budget que nous avons, qui est de 400 millions de dollars, avec ce que la population paye nous devons parvenir à offrir  des soins de qualité. La vision c’est qu’on n’est pas orienté moyen, mis on est orienté résultats.

« Digitaliser le système sanitaire en RDC » était l’une des missions que vous vous êtes assigné lors de votre prise de fonction, où en est-on ?

O.I : Ce projet très ambitieux me tenait vraiment à cœur, d’essayer de moderniser notre système de santé. Ce qu’on a fait jusqu’à présent, on a essayé de créer une cellule E-santé au cabinet du ministère et au niveau de l’administration. Cette cellule E-santé a deux missions principales : digitaliser l’information sanitaire qui va  permettre de disposer des informations sur la performance du système et d’améliorer la redevabilité et la transparence dans le système. Deuxièmement de digitaliser les formations sanitaires. Si on veut améliorer le système de santé il faut avoir un dossier médical informatisé, il permettra aussi la gestion des stocks, de la pharmacie et la gestion administrative des formations médicales.

Avant  votre nomination plusieurs projets ont été énoncés, projets dont on entend plus parler aujourd’hui par exemple le programme PS…

O.I : Le projet PS est toujours en cours. On a axé la communication sur la couverture sanitaire universelle, le changement de comportements et de mentalités dans la mesure où ce qui soigne ce n’est pas l’équipement mais les individus. Mais bien sûr pour que les professionnels de la santé prodiguent des soins de qualité ils doivent être dans un environnement avec des équipements de qualité. C’est la raison pour laquelle en marge de tout ce que nous faisons, nous avons essayé de redynamiser ce programme PS qui est entièrement financé par le gouvernement. Nous sommes parvenus avec le ministre de budget et des finances à dégager un nouvelle somme pour poursuivre ce programme PS qui initié par mes prédécesseurs et qui consiste à rééquiper les infrastructures sanitaires, les redynamiser, refaire certains bâtiments, et continuer à construire des nouvelles infrastructures sanitaires.

 Vous répétez souvent vouloir faire de la santé de la reproduction le premier pilier de la CSU, comment comptez vous vous y prendre ?

O.I : Ce que je veux mettre au centre comme première étape de la CSU c’est  surtout la santé pas de la reproduction uniquement mais c’est de la mère, de l’enfant et de l’adolescent. Au cœur de cette vision il y a le programme de développement des structures sanitaires (PDSS). C’est un programme du gouvernement étalé sur environ 13 provinces. Le principe de ce programme c’est qu’on a signé des contrats avec des formations sanitaires. Ces dernières s’engagent à prodiguer des soins de qualité à la mère, l’enfant, aux adolescents à un coût abordable, au projet de planning familial et autres à un coût abordable et forfaitaire. Généralement quand quelqu’un va dans une formation sanitaire il doit payer divers frais (consultation, examens, médicaments). Dans ce programme PDSS, la maman qui se rend avec son enfant à l’hôpital va payer un montant forfaitaire. Ce montant couvre la fiche, consultation, les examens et les médicaments. Et en contre partie la formation sanitaire les subsidie à certaines conditions. Il y a un contrôle qui est fait sur l’effectivité de la consultation, la qualité de la prestation et ce contrôle est fait en association avec la communauté. Il y a des enquêtes qui sont faites auprès des mamans si elles ont été satisfaites, bien soignées et ça couvre aussi bien les soins curatifs, préventifs, les consultations prénatales, les accouchements, les consultations post natales… c’est pour cela nous estimons que si nous faisons de ça une priorité nous pouvons très vite améliorer les indicateurs de santé de notre pays.

Vous avez bien de belles initiatives mais ne pensez vous pas qu’aussi longtemps que vous n’aurez pas les 15% de budget comme les recommandent les instruments internationaux auxquels la RDC a souscrit, vous aurez des difficultés à atteindre la CSU? 

O.I : C’est une question qui est pertinente mais qui est aussi dangereuse. A l’heure de l’économie de la santé on ne peut pas dire qu’il faut 15% du budget de la santé. Aujourd’hui nous sommes à 7-8% du budget de l’Etat alloué à la santé si vous voulez passer à 15% comme le budget est limité, à quel autre secteur voulez vous prendre de l’argent ? à l’enseignement, l’infrastructure…. Pour moi la question n’est pas de dire augmentons le budget de l’Etat, la question c’est avec les ressources disponibles faisons le maximum pour offrir de la qualité, et à côté de cela augmentons la récolte des ressources domestiques pour avoir plus de moyens pas seulement pour le ministère de la santé mais il faut aussi plus de moyens pour l’enseignement, l’infrastructure….  C’est un pays qui est entrain d’aller vers l’émergence, nous avons besoin de plus de moyens mais c’est surtout une question de bien utiliser ce que nous avons. Ce n’est pas un objectif de 15% du budget, c’est juste de dire avec les moyens dont nous disposons savons faire mieux, nous pour pourrons faire mieux et nous devons faire mieux pour la qualité.

La tendance de la prévalence du VIH est à la baisse aujourd’hui au sein de la population en général mais augmente chez les jeunes. Les associations des jeunes contre le VIH se sont réunies pour présenter un plaidoyer en faveur du dépistage des jeunes. Ce projet de loi a été rejeté au niveau de l’assemblée nationale. Ne pensez vous pas que c’est un nouvel obstacle pour lutter contre le VIH/SIDA chez les jeunes?

O.I : Les lois c’est important. Mais ce qui est encore plus important c’est les comportements et les pratiques. Avoir un support de droit c’est bien mais nous n’avons pas besoin de lois pour prendre des initiatives, travailler avec les associations des jeunes et évidemment améliorer la sensibilisation dans les milieux des jeunes. Le plus important dans ce domaine là , c’est bien au delà de la loi, c’est de changer de comportement, de dire aux jeunes qu’ils doivent avoir un sexualité responsable, être informées t échanger aussi les informations entre eux, avec les adultes, les professionnels, de la santé.

1,587 total views, 5 views today

Facebook Comments

1,588 total views, 6 views today

Facebook Comments