Prostitution à Kinshasa : la Maison communale de Lingwala un bordel sécurisé par des policiers

13 septembre 20199min
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Une manne financière pour les agents de l’ordre mal rémunérés par l’Etat. Un policier peut encaisser jusqu’à 20.000Fc de droits chaque nuit. Le plus vieux métier du monde répand ses métastases cancéreuses dans différents milieux de Kinshasa, y compris les plus sécurisés. L’enceinte de la maison communale de Lingwala n’a plus rien à envier aux bastions du trafic des plaisirs bien connus tel que Pakadjuma, dans la commune de Limete, Tshétshé à Lemba, ou encore Delvaux plus précisément sur l’arrêt de bus Baumbu, lieu où l’on fabrique des meubles à Binza.

Chaque nuit à partir de 18h00, les filles de joie prennent d’assaut les encablures de la maison communale pour happer les passants ou des clients habituels. Jusque-là, rien de grave. Là où le bât blesse est que le commerce de chaire est encadré par des policiers commis à la garde du siège de la municipalité devenue un véritable pandémonium. La Bourgmestre Brigitte Mwalukie est-elle complice, somnolente, victime ou proxénète ?

Samedi, 20h30. A l’arrivée de notre reporter, c’est une ambiance enfant non admis sur l’avenue Kalembe-Lembe. Une meute des filles à moitié en tenue d’Adam et Eve se livre à cœur joie à attirer tout homme qui emprunte cette artère principale au croisement 24 Novembre Kalembe-lembe entre Gombe et Lingwala. Du point de vue juridictionnel, cet endroit n’est pas loin de l’inspection provinciale de la police ville de Kinshasa où se trouve le bureau du General Sylvano Kasongo, mais aussi le camp Lufungula, et la chaîne de télévision nationale, RTNC. Mais tout se passe comme dans une zone de non droit.

Considérée comme le haut-lieu d’une municipalité, fort malheureusement, chaque nuit, à partir de 20 heures, la maison communale de Lingwala se transforme en véritable lieu de prostitution sous la complicité des policiers. Dans le cadre d’une enquête effectuée par notre reporter, nous avons constaté qu’une fois 20 heures pétantes, la bordure située le long du mur d’ASSANEF en face de la maison communale est assiégée par des femmes prostituées. Habillées presque à moitié nu (tenue exigée par le plus vieux métier du monde), ces femmes prostituées attendent leurs clients potentiels en exhibitionnistes. Une fois le marché conclu avec le client, ça y est, on traverse le macadam Kalembe-lembe en direction du bordel maison communale. Tout se passe sous le contrôle vigilant des policiers.

Abordée par notre enquêteur, transformé en client potentiel, l’une des filles publiques trouvée sur place nous relate le modus operandi. « Avant qu’on traverse, tu dois d’abord me donner 1000 FC pour que je donne aux policiers comme droit d’entrer, afin qu’ils nous laissent entrer à la commune », précise cette tapineuse avant notre entrée dans ce bâtiment où se tient l’administration de Lingwala, qui se transforme en bordel sécurisé. Un peu dubitatif, notre journaliste enquêteur obéit aux principes de son métier.

Où se passe l’affaire ?

Soucieux de recueillir toutes les informations précises et possibles, nous avons tenté de poser à cette courtisane la question de savoir si les policiers ne vont pas nous inquiéter. « Ils ne feront rien, ces policiers affamés. Ils pouvaient nous déranger si l’on n’avait pas donné l’argent et ils savent bien que c’est avec cet argent qu’ils arrivent à survivre », nous révèle-t-elle, sourire aux lèvres, avant d’ajouter. « Ce sont nos vieux. Quand ils nous avaient proposé de venir faire la prostitution ici, au début nos clients avaient peur. Mais, avec le temps, tout se fait dans la tranquillité parce que nous avons réussi à nous familiariser avec eux (les policiers). Et nous les aidons beaucoup avec le 1000 FC qu’on leur donne à chaque fois que le client se présente ».

Arrivée, devant le portail, sans piper mot, la racoleuse va tendre sa main au policier et celui-ci avec sa cigarette à la main dira : « Beubeu tala kaka yo ! (entendez : ok, la voie est libre) ».

En ce moment, comme au stade de football, notre ticket est payé. Peu éclairée, la Maison Communale de Lingwala offre un spectacle désolant qui jette de l’opprobre à l’Etat congolais. Une fois accéder dans cette parcelle, vous êtes libre de vous faire plaisir dans n’importe quel coin : derrière les voitures parquées, en diagonal des bureaux ou devant les portes de bureaux, en dessous de l’arbre, certains les font debout et d’autres sur le pagne installé parterre. On dirait une partouze car les clients ont la possibilité de voir ce que les autres couples occasionnels font.
Une promiscuité connue par la bourgmestre Brigitte Mwalukie
Dans notre enquête, nous avons cherché à savoir si la Bourgmestre Brigitte Mwalukie est au courant de ces pratiques immorales qui règnent au lieu de ses bureaux, notre interlocutrice s’exprime en ces termes. « Elle ne fera rien et d’ailleurs elle est au courant. Elle sait bien que les policiers d’ici ne vivent que de ça. C’est notre maman, nous l’aimons beaucoup ».

Alors qu’ils sont fièrement appelés Agent de l’ordre, les policiers, surtout ceux de la Maison Communale de Lingwala, refusent par leurs pratiques malsaines, ce qualificatif honorifique. Au cours de notre enquête, il a plu à une fille prostituée interrogée par notre équipe de retracer l’historique de cette situation. « Avant on amenait nos clients ailleurs, nous avons commencé à venir ici quand les policiers ont commencé à nous solliciter. Et après, on a conclu d’amener nos clients ici. Ces mêmes policiers font recours à nous à chaque tard la nuit quand les clients deviennent rares », souligne-t-elle après avoir touchée l’argent de notre collaborateur.

S’exprimant à notre micro, un trentenaire révolu déplore l’attitude passive des autorités provinciales y compris de la Bourgmestre de cette commune. « Ce qui se passe à la Commune de Lingwala est une honte pour notre commune. Les autorités devraient faire tout pour que cette situation soit éradiquée car ça détruit l’éducation de nos jeunes enfants. Il y a mêmes les jeunes de 17 à 18 ans qui viennent coucher avec ces filles de joie qui peuvent avoir l’âge de leurs mamans ». Sur le même sujet, un autre passager responsabilise l’Etat congolais : « Notre gouvernement doit être rigoureux quant au recrutement des agents de l’ordre et je pense qu’il faut soigner aussi leur solde. Dans le cas contraire la situation ne fera que s’empirer davantage ».

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