BREAKING NEWS

Vingt-huit ans après je la croise : “Comprenez mon émotion !”

24 avril 20185min0

Vingt-huit ans après je la croise, elle n’est pas heureuse. Naine et déplumée de sa gloire d’antan. Elle est toute méconnaissable. Elle joue encore dans le sable. Inimaginable ! Quand je me rappelle qu’à notre enfance, l’avenir de mademoiselle “démocratie” s’annonçait meilleur que le mien. Mon père se permit même de me dire qu’après Jésus-Christ qui nous a affranchi du péché, la démocratie était venue nous affranchir de la dictature !

Tout le pays cru en elle à tel enseigne qu’au lieu de : République “Shejique” du Congo, on la préféra à moi : République “démocratique” du Congo. Pourtant à ce jour, moi j’ai grandi : Une voix d’homme, une barbe au menton et je mange à table. Elle par contre, elle a toujours une poitrine plate, elle joue encore dans le sable. Incroyable !

Salut démocratie. Que t’est-il arrivé ?

Ce n’est pas de ma faute. C’est eux qui m’ont déformé.

Eux qui?

Je préfère ne rien dire. Ils risquent de me tuer. Tant qu’il y a la vie, il y a encore de l’espoir.

Je comprends ta peine. Développe.

Ah! C’est compliqué. Ils utilisent mon nom mais ils ne m’aiment pas. Ils marchent sur mes valeurs et crachent sur mes orientations.

Ah bon!

Oui. Je leur ai apporté le multipartisme mais ils ont inventé le “multitudepartisme” : Une multitude de partis politiques sans idéologie, ancrés dans la démagogie pour s’accaparer du pouvoir. Moi même je ne me retrouve plus.

Ne me dis Pa ça !

L’alternance au pouvoir était un moyen d’alterner les ressources humaines à la tête de l’État et réduire les frustrations sociales afin d’occasionner son développement. Toi même tu connais la suite. Au lieu de mes élections, ils ont encore choisi leur transition comme au premier jour de ma naissance, le 24 avril 1990 lorsque le dictateur lâchait du lest par un “comprenez mon émotion”. Négociations, débauchages, gouvernements illégitimes et impopulaires forment le classique. Comment veux-tu que je grandisse?

C’est triste !

T’as pas l’idée du nombre de kilos que je perds quand je vois des innocents en prison. Des manifestants à la morgue. Oh! Ce n’est pas vrai! La “liberté d’expression” se fait massacrer par la “primauté d’expression” comme au temps de César. Le silence en échange du droit à la vie! Où sont passés les droits de l’homme bon Dieu ?

Je suis compatissant certes mais à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Ça tu le sais au moins ?

Tu ne me comprends pas. J’étais venu pour mettre fin à tout ça. Hélas ! Aux dirigeants ce qui est au peuple et au peuple, la débrouillardise. L’article 15 existait déjà avant même la constitution de 2006. Seigneur ! Il n’y a que toi qui connaît les bienfaits de la bonne gouvernance. Tu dis dans ta parole que mille jours pour les hommes c’est comme 1 jour chez toi et mille jour chez toi, c’est comme un jour chez les hommes. Fais nous vivre la bonne gouvernance même un seul jour et les gens me comprendront.

Oh ciel !

Sniff, sniff, sniff ! Nous sommes dans la rue. Regarde, mes larmes attristent les passants. S’il vous plaît chers amis. Je suis une fille de vingt-huit ans à laquelle on a causé des problèmes de croissance. Ne me détestez pas… Sniff, sniff, sniff. Je n’en peux plus de relater ma sombre histoire. “Comprenez mon émotion”.

C’est fini. Viens dans mes bras. Je n’ai jamais douté que t’étais une bonne fille. Démocratie, tu es belle mais le monde est méchant.

1,880 total views, 7 views today

Facebook Comments
Jeannot Sheji

Jeannot Sheji

Journaliste politique et sportif


1,881 total views, 8 views today

Facebook Comments